Alors que l’Union européenne se prépare à appliquer de nouvelles taxes sur les voitures électriques chinoises pour protéger son industrie automobile, la Chine réagit en lançant des enquêtes antidumping sur des produits européens, notamment le cognac.
L’Union européenne (UE) a franchi une nouvelle étape dans la protection de son industrie automobile. Lors d’un vote crucial, les 27 États membres ont validé l’imposition de droits de douane supplémentaires sur les voitures électriques importées de Chine. Une décision qui divise au sein de l’UE et qui pourrait ouvrir la voie à une guerre commerciale avec Pékin, une perspective redoutée par l’Allemagne.
Une surtaxe pouvant aller jusqu’à 35 %
L’enjeu est de taille. La Commission européenne se voit désormais autorisée à appliquer une surtaxe allant jusqu’à 35 % sur les véhicules électriques en provenance de Chine, en plus des 10 % déjà en vigueur. Cette mesure, qui entrera en application fin octobre, a pour but de « rétablir des conditions de concurrence équitables » face à des constructeurs chinois accusés de bénéficier de subventions massives. L’UE veut ainsi défendre son industrie automobile, qui représente environ 14 millions d’emplois, contre des pratiques jugées déloyales.
« Il s’agit de protéger nos industries et nos emplois en Europe », a déclaré un porte-parole de la Commission, en soulignant que cette décision fait suite à une longue enquête sur les subventions publiques dont bénéficient les constructeurs chinois.
Divisions au sein de l’UE
Cependant, ce vote a révélé des fissures au sein de l’UE. Si la France, l’Italie et la Pologne ont soutenu la mesure, douze autres pays, dont l’Espagne et la Suède, se sont abstenus. L’Allemagne et la Hongrie, quant à elles, ont voté contre.
Berlin craint des répercussions directes sur ses fleurons industriels, notamment BMW, Mercedes et Volkswagen, qui dépendent fortement du marché chinois, le plus important au monde pour l’automobile. « Nous appelons la Commission européenne et le gouvernement chinois à poursuivre de manière constructive les négociations en cours en vue d’une solution politique », a réagi Volkswagen dans un communiqué, dénonçant une « mauvaise approche » pour la compétitivité européenne.
Le ministre allemand des Finances, Christian Linder, a également exprimé ses inquiétudes, exhortant la Commission européenne à éviter le déclenchement d’une « guerre commerciale » avec Pékin. « Nous avons besoin d’une solution négociée », a-t-il insisté.
La Hongrie, où plusieurs géants chinois du secteur des véhicules électriques, comme BYD et CATL, prévoient d’installer des usines, s’oppose également à cette surtaxe. Pour Budapest, une confrontation avec la Chine pourrait fragiliser ces projets cruciaux pour l’économie nationale.
La riposte chinoise
La réponse de la Chine ne s’est pas fait attendre. Pékin a dénoncé une démarche « protectionniste » et a rapidement pris des mesures en retour. La Chine a ainsi annoncé l’ouverture d’enquêtes antidumping sur plusieurs produits européens, dont le porc, les produits laitiers et les eaux-de-vie à base de vin. Le secteur du cognac est particulièrement touché.
« À partir du 11 octobre 2024, les importateurs devront, au moment d’importer des brandys en provenance de l’Union européenne, fournir le dépôt correspondant aux douanes de la République populaire de Chine », a précisé le ministère chinois du Commerce. Cette mesure intervient après que Pékin a trouvé des preuves de dumping dans le cadre d’une enquête ouverte en janvier.
La filière du cognac, qui dépend fortement du marché chinois, dénonce un coup dur. « Nos demandes de report du vote et de solution négociée ont été ignorées. Les autorités françaises nous ont abandonnés. Nous ne comprenons pas pourquoi notre filière est ainsi sacrifiée », a réagi le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), rappelant que la Chine représente un quart des exportations en valeur de ce spiritueux.
Un bras de fer aux répercussions globales
Cette décision de l’UE intervient dans un contexte plus large de tensions commerciales entre l’Occident, notamment les États-Unis et l’UE, et la Chine, accusée de détruire la concurrence dans plusieurs secteurs industriels, comme les énergies renouvelables ou les batteries. Emmanuel Macron, président français, a réaffirmé son soutien à la mesure européenne. « Je soutiens la Commission européenne sur le sujet des droits de douane contre les constructeurs chinois », a-t-il déclaré à Berlin, rappelant que « la question, c’est celle du modèle que l’on veut : veut-on être des consommateurs ou des producteurs ? ».
Le chancelier allemand Olaf Scholz, tout en reconnaissant la nécessité de protéger les industries européennes, a mis en garde contre le risque d’autosabotage. « Les efforts visant à protéger nos industries ne doivent pas nous conduire à nous faire du tort », a-t-il averti, plaidant pour une approche plus mesurée.
Vers un recours à l’OMC ?
En réponse aux mesures chinoises sur les spiritueux européens, la Commission européenne a annoncé son intention de contester ces actions devant l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). « Nous estimons que ces mesures sont infondées et nous sommes déterminés à défendre l’industrie européenne contre l’usage abusif d’instruments de défense commerciale », a affirmé un porte-parole de la Commission, Olof Gill.
Ce bras de fer commercial entre l’UE et la Chine pourrait donc se prolonger devant les instances internationales, avec des conséquences incertaines pour les deux parties. Alors que l’UE cherche à protéger son industrie face à la concurrence chinoise, la réponse de Pékin pourrait fragiliser plusieurs secteurs clés de l’économie européenne.
