Du mardi 22 au jeudi 24 octobre 2024, la ville de Kazan, en Russie, accueille la 16e réunion du groupe des BRICS. Ce sommet, que le Kremlin qualifie d’« événement diplomatique le plus important jamais organisé en Russie », rassemble les dirigeants de vingt nations, dont la Chine, l’Inde, l’Iran et l’Afrique du Sud, dans un contexte de plus en plus marqué par la volonté de Moscou de se tourner vers l’Asie et de renforcer ses alliances.
Une réunion sous le signe de l’expansion
Ce sommet intervient un an après l’élargissement historique des BRICS, qui ont intégré l’Égypte, l’Iran, l’Éthiopie et les Émirats arabes unis. Désormais appelés « BRICS+ », ces pays représentent près de la moitié de la population mondiale, un tiers du PIB global et la moitié des réserves mondiales d’hydrocarbures. L’élargissement du groupe est au cœur des discussions à Kazan, avec l’espoir d’accueillir prochainement une trentaine de nouveaux membres.
« Cette alliance est une alternative à l’ordre mondial dominé par l’Occident », a rappelé Vladimir Poutine en ouverture du sommet. Une déclaration qui résonne alors que le Kremlin cherche à réformer les institutions économiques internationales et à créer des voies alternatives aux structures telles que le FMI ou la Banque mondiale, considérées comme des instruments de l’hégémonie américaine.
Une diplomatie intense
Le président russe a entamé mardi un marathon diplomatique avec une quinzaine de rencontres bilatérales prévues jusqu’à jeudi. La première de ces réunions, particulièrement attendue, a eu lieu avec le président chinois Xi Jinping, un signe fort du rapprochement entre Moscou et Pékin face aux sanctions occidentales.
Dans la soirée, Vladimir Poutine a accueilli le Premier ministre indien Narendra Modi pour un dîner à l’hôtel de ville de Kazan, témoignant du rôle crucial de l’Inde au sein des BRICS. Modi, dont le pays joue un rôle pivot entre les grandes puissances, participe activement aux discussions sur la dé-dollarisation des échanges entre les pays membres du groupe.
Le lendemain, Poutine doit s’entretenir avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays, bien que membre de l’OTAN, a demandé à rejoindre les BRICS. L’implication d’un membre de l’OTAN dans cette alliance montre à quel point le groupe est devenu une alternative sérieuse pour de nombreux pays cherchant à diversifier leurs alliances.
Enfin, jeudi, le sommet se conclura par une rencontre très attendue entre Vladimir Poutine et António Guterres, secrétaire général des Nations unies. Ce sera la première entrevue entre les deux hommes depuis avril 2022, dans un contexte où la Russie est de plus en plus isolée sur la scène internationale en raison de la guerre en Ukraine.
Vers des systèmes alternatifs de paiement
Au-delà des rencontres bilatérales, l’une des questions majeures abordées lors de ce sommet est celle d’une alternative au dollar dans les échanges internationaux. Bien que la création d’une monnaie commune ne soit pas encore à l’ordre du jour, les BRICS discutent activement de la mise en place de moyens de paiement qui éviteraient le recours au système SWIFT, sous contrôle occidental.
L’objectif est clair : permettre aux pays membres de commercer entre eux sans dépendre des monnaies occidentales, ce qui constituerait un coup de semonce contre la domination économique des États-Unis.
Un manque de cohésion persistant
Malgré l’enthousiasme affiché par les participants, les BRICS souffrent encore d’un manque de cohésion interne. Si la Chine et la Russie poussent pour un élargissement rapide, d’autres membres, comme le Brésil et l’Inde, adoptent une approche plus prudente, craignant de diluer l’influence du groupe en intégrant trop rapidement de nouveaux membres.
Cette division est illustrée par l’absence de certains invités de marque. L’Argentine, par exemple, a décliné l’invitation, son président Javier Milei étant opposé à l’idée de s’éloigner de la sphère d’influence américaine, préférant envisager une dollarisation de l’économie argentine.
Un acteur géopolitique incontournable
Avec cette réunion, les BRICS montrent leur ambition de s’imposer comme un acteur majeur de la gouvernance mondiale. Le groupe a déjà mis en place une Banque de développement, qui offre aux pays du Sud des conditions de financement plus favorables que celles du FMI ou de la Banque mondiale. Ce cadre financier, allié aux ressources naturelles massives de ses membres, confère aux BRICS une influence croissante.
« Le sommet de Kazan montre que les BRICS sont en train de remodeler l’ordre mondial », estime un expert en relations internationales. Avec près de 50 % de l’humanité et un tiers du PIB mondial, le groupe devient une plateforme de plus en plus attractive pour les nations cherchant à échapper à la domination économique occidentale.
