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Souhil Meddah, expert financier : « Le projet de loi de Finance 2025 vise à soutenir une croissance économique durable en encourageant l’investissement productif »

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Souhil Meddah, expert financier et vice-président de RMGC Holding, répond aux questions d’Echosplus sur les priorités et les principales mesures du projet de loi de finances 2025 proposé par le gouvernement algérien, ainsi que leur impact sur l’économie nationale.

Quelles sont les priorités  de l’État dans l’élaboration du projet de loi de finances 2025, et comment ces priorités s’intègrent-elles dans les perspectives pour 2026 et 2027 ?

Le projet de loi de finances 2025 s’inscrit dans une vision à moyen terme (2025-2027) et repose sur quatre priorités majeures. Il vise à soutenir une croissance économique durable en encourageant l’investissement productif, tout en renforçant une économie libérale basée sur l’offre.

L’amélioration du pouvoir d’achat est également un objectif clé, avec la mise en place de mécanismes pour soutenir les revenus et maintenir la consommation. Le projet prévoit de moderniser les outils financiers et d’accélérer la transition numérique afin de mieux réguler les marchés. Enfin, il promeut une inclusion financière élargie en augmentant les transactions électroniques. Le financement repose en grande partie sur la fiscalité pétrolière, avec un prix de référence du baril fixé à 60 dollars, et inclut des mesures de régulation de certains marchés, comme celui de l’automobile.

Comment expliquez-vous la contribution croissante de l’activité hors hydrocarbures à la poursuite d’une croissance économique durable ?

Cette contribution se base sur des analyses historiques, macroéconomiques et microéconomiques, en tenant compte des cadres réglementaires et des écosystèmes environnants, pour examiner deux dimensions : l’impact sur le marché intérieur et les opportunités internationales.

Sur le plan national, l’impact peut être mesuré par la substitution des importations et la compétitivité intérieure. Les pouvoirs publics jouent un rôle actif en soutenant la production locale pour répondre aux besoins croissants des consommateurs. Parallèlement, la politique monétaire, notamment le taux de change, influence cette compétitivité.

« Un dinar plus fort rend les importations coûteuses, ce qui favorise les produits locaux, en particulier ceux utilisant des matières premières nationales. L’efficacité de ces mesures dépend des investissements des entreprises et de leur capacité à satisfaire la demande locale ».

À l’international, les mêmes facteurs (qualité, quantité et coût de la devise) permettent aux produits locaux de se positionner sur les marchés d’exportation. Grâce à des accords bilatéraux et multilatéraux et à un dinar relativement faible, les produits nationaux peuvent devenir compétitifs à l’étranger, à condition de respecter les normes qualitatives et réglementaires des marchés cibles.

Quels sont les facteurs qui ont permis d’atteindre un excédent de la balance des paiements et d’accumuler des réserves de change, et comment ces éléments influenceront-ils la stratégie budgétaire future ?

L’effet sur la balance commerciale est primordial, mais il est également crucial de prendre en compte d’autres éléments de la balance des paiements, tels que les investissements directs étrangers (IDE), les investissements de portefeuille (IPE) et les transferts de revenus de la diaspora. Bien que ces transferts soient marginaux par rapport aux flux globaux, ils restent essentiels pour maintenir un équilibre sur le marché des devises en Algérie.

Les soldes positifs de la balance commerciale soutiennent principalement la politique budgétaire, en reliant les recettes fiscales aux exportations et à un taux de change favorable qui permet de générer des dinars en quantité suffisante. Cela offre à la politique budgétaire des ressources supplémentaires pour couvrir les besoins et éviter un déficit budgétaire, tout en orientant les investissements vers des projets publics structurants. Ces projets favorisent la sous-traitance et l’investissement national, contribuant ainsi à dynamiser l’ensemble de la chaîne de valeur macroéconomique. Par ailleurs, l’accumulation de valeurs exportables hors hydrocarbures soutient la valeur réelle du dinar, en évitant une dépendance artificielle.

Quels sont les principaux efforts déployés pour recenser la communauté fiscale, et quelles incitations sont proposées pour favoriser l’intégration progressive du marché informel dans l’économie formelle ?

L’intégration du marché informel doit avant tout s’appuyer sur la régulation des marchés de détail, en partant des consommateurs. Étant donné que le système fiscal en Algérie est déclaratif, même une incitation à l’inclusion financière ne peut être totalement efficace en se fondant uniquement sur les efforts des banques ou du contrôle fiscal, sauf lorsque le contribuable est soumis à une vérification fiscale.

Cependant, une régulation efficace du marché pourrait offrir de meilleurs axes d’intervention et davantage d’opportunités pour encadrer et orienter le marché de détail vers une inclusion financière massive. Cela aurait pour effet d’entraîner également les autres marchés de distribution, tels que les grossistes et les super-grossistes, vers cette même orientation d’inclusion financière.

Quelles sont les mesures envisagées pour renforcer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales dans ce nouveau projet de loi de finances ?

Les dispositifs appliqués par les services fiscaux reposent généralement sur des contrôles a posteriori, programmés selon des quotas qui limitent le nombre d’opérateurs vérifiés. Des vérifications ponctuelles peuvent être déclenchées en cas d’indices significatifs ou de recoupements inquiétants entre contribuables. Cependant, ces méthodes ne sont pas totalement efficaces en raison des délais qui peuvent exister entre la sous-déclaration ou la dissimulation d’informations fiscales et leur redressement.

« Il est donc crucial de numériser massivement le système fiscal pour permettre des recoupements d’informations en temps réel et des redressements directs. Il serait également souhaitable d’étendre le délai de prescription à 10 ans au lieu de 4 ».

 Concernant l’évasion fiscale internationale, des mécanismes d’échange entre pays peuvent garantir la traçabilité des données des opérateurs, notamment pour les flux monétaires dépassant leurs avoirs en Algérie. Cela inclut les achats de biens et services destinés à l’importation, qui peuvent être sous-évalués pour réduire les frais de douane ou surévalués pour constituer une réserve en devises étrangères à réinvestir ultérieurement dans le pays d’origine

Comment l’optimisation des dépenses publiques sera-t-elle assurée, et quelles réformes spécifiques sont prévues pour améliorer la qualité et l’efficacité des dépenses ?

Cette question concerne deux faits économiques majeurs liés à la politique budgétaire des équipements, qui doit s’appuyer sur le financement d’investissements structurants. Ces investissements doivent générer des recettes intermédiaires, intermittentes ou permanentes pour assurer leur retour sur investissement, ainsi que leur entretien et leur réinvestissement. De plus, le recours à des financements alternatifs, tels que des emprunts obligataires réguliers, permettra de diversifier les ressources et les revenus pour les investisseurs, qui bénéficieront de valeurs mobilières rentables et cessibles.

Par ailleurs, il est important d’associer des agents économiques dans le financement de niches générant des déficits systémiques. Par exemple, le déficit de la caisse de retraite pourrait être comblé grâce aux ressources de fonds de placement à long terme, comme les OPCVM, permettant d’utiliser les gains des investissements pour couvrir ses besoins latents.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les efforts de transformation numérique et de modernisation des systèmes d’information dans le cadre de la gestion budgétaire ?

Ces efforts doivent se concentrer sur cinq axes principaux relatifs à la planification budgétaire, qui constitue le noyau opérationnel de la politique générale, notamment budgétaire. Cette planification se base sur les résolutions de la loi de finances de l’année en cours tout en prenant en compte des impacts à long terme.

Ensuite, l’automatisation du processus budgétaire facilite la préparation et l’exécution rapide des actions budgétaires, qu’elles soient en autorisations d’engagement (AE) ou en crédits de paiement (CP). La coordination intersectorielle est également cruciale, car elle permet de planifier, mettre en œuvre et consolider les actions et informations budgétaires.

De plus, la génération de rapports en temps réel est nécessaire pour valider les ajustements et le suivi. Enfin, il est essentiel d’adopter une approche de continuité et de correction permanente pour ajuster les écarts via un système budgétaire glissant.

Comment le budget d’investissement soutiendra-t-il le développement des régions du sud et des nouvelles wilayas déléguées ?

 La politique budgétaire intérieure doit se fusionner entre les régions nord et sud du pays. Des projets structurants, tels que les chemins de fer et les axes routiers, dynamiseront les régions du sud et celles traversées par ces infrastructures. Pour les wilayas et autres collectivités, il est crucial d’adopter une approche d’autonomisation de la gestion économique décentralisée, fondée sur les programmes des élus. Cela favorisera la libéralisation de l’initiative décisionnelle, permettant ainsi la création de revenus locaux et la génération d’une fiscalité locale autonome. Cela entraînera également la monétisation des services publics et leur affectation à des activités lucratives pour les opérateurs économiques et les citoyens.

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