Le 2 avril 2025, l’administration Trump a annoncé de nouveaux tarifs douaniers touchant une large gamme de produits importés, dont ceux en provenance d’Algérie. Quels seront les impacts de cette politique protectionniste sur les échanges commerciaux entre Alger et Washington ?
Pour mieux comprendre les enjeux, nous avons rencontré Abderrahmane Hadef, consultant international en développement économique.
Quelle est la logique derrière la nouvelle politique douanière des États-Unis, et comment l’Algérie est-elle concernée ?
Cette décision s’inscrit dans la stratégie commerciale du président Trump, fondée sur le rejet du multilatéralisme au profit d’accords bilatéraux taillés sur mesure pour défendre les intérêts américains. Le 2 avril 2025, les États-Unis ont imposé des droits de douane variables selon les pays. L’Algérie se voit appliquer un taux de 30 %, ce qui est l’un des plus élevés. Cette mesure vise à corriger le déficit commercial record américain, qui a atteint 1 200 milliards de dollars en 2024.
Quel est actuellement l’état des échanges économiques entre l’Algérie et les États-Unis ?
Le commerce bilatéral reste modeste, entre 2,5 et 3 milliards de dollars par an. Les exportations algériennes sont principalement énergétiques : gaz naturel liquéfié et produits dérivés du pétrole.
L’Algérie importe, quant à elle, des équipements industriels, des technologies médicales et des pièces mécaniques. Cependant, nous assistons à une timide diversification, notamment dans l’agroalimentaire, la sidérurgie ou les produits industriels comme la pneumatique.
Ces nouveaux tarifs auront-ils un impact direct sur l’économie algérienne ?
À court terme, l’impact sera limité. Les exportations algériennes non énergétiques vers les États-Unis sont encore faibles. Mais à moyen et long terme, le risque est réel : perte de parts de marché dans des secteurs émergents, exposition accrue à la volatilité des marchés énergétiques, et vulnérabilité liée à notre dépendance au dollar américain.
Quels sont les dangers d’une trop forte dépendance au dollar ?
L’Algérie libelle l’essentiel de ses transactions en dollars, tout comme ses réserves de change. Une dépréciation du dollar réduirait mécaniquement la valeur de nos actifs extérieurs. C’est une fragilité structurelle qu’il faut corriger, notamment en diversifiant notre panier de devises en intégrant l’euro, le yuan ou le yen.
Que doit faire l’Algérie pour s’adapter à cette nouvelle configuration des échanges mondiaux ?
Trois grandes orientations stratégiques s’imposent aujourd’hui. il faudra diversifier les destinations et les secteurs d’exportation. Il est essentiel d’élargir notre présence commerciale au-delà du marché américain. Cela passe par le développement de nos échanges avec l’Afrique, l’Asie émergente, l’Amérique latine, ainsi que les pays européens voisins. En parallèle, nous devons encourager l’essor de secteurs à fort potentiel exportateur comme l’agroalimentaire, les matériaux de construction, les services numériques ou encore l’industrie manufacturière.
Ensuite, il est essentiel de répartir intelligemment les réserves de change. La concentration de nos avoirs en dollars américains nous expose à des risques financiers. Il devient stratégique de composer un panier de devises plus équilibré – incluant l’euro, le yuan ou encore le yen – afin de réduire notre vulnérabilité face aux fluctuations du dollar et renforcer la stabilité de notre économie extérieure.
Enfin, il est primordial de déployer une diplomatie économique plus proactive. L’Algérie doit renforcer ses capacités de négociation commerciale et s’inscrire dans des alliances économiques régionales. Cela implique la mise en place de mécanismes de défense commerciale pour soutenir nos filières émergentes, mais aussi une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés pour promouvoir nos intérêts à l’international.
En définitive, cette décision américaine est-elle un signal d’alarme ?
Absolument. Elle agit comme un révélateur. Le monde commercial devient plus fragmenté, plus incertain. Pour un pays comme l’Algérie, encore trop dépendant des hydrocarbures, c’est une opportunité de revoir notre modèle de commerce extérieur. Il est temps de miser sur la flexibilité, la diversification et l’anticipation. Ce sont les clés de notre résilience économique.
