- Alors que les dépenses de santé ne cessent d’augmenter, le Medef propose une série de mesures chiffrées et ciblées pour soulager la Sécurité sociale dès 2026.
- Objectif : préserver un système à bout de souffle sans en altérer la qualité.
Le Medef a proposé ce mercredi 9 juillet des propositions et des solutions concrètes et permettant de maitriser la hausse des dépenses de santé. Résultat : 6,5 milliards d’euros d’économies seraient envisageables dès le prochain Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).
« Notre enjeu, c’est de préserver, pérenniser ce trésor national qu’est notre système de santé », a plaidé Patrick Martin, président du Medef, devant la presse.
Numérique et innovation : 2,1 milliards d’euros à portée de main
Premier levier identifié : le numérique. Le Medef estime qu’un effort massif en matière de digitalisation permettrait d’économiser 2,1 milliards d’euros.
L’organisation propose notamment de “dématérialiser à 100 % les procédures” – arrêts de travail, ordonnances numériques – et de “faire de l’Espace numérique de santé un passage obligé pour certaines consultations et certaines prescriptions”. L’objectif ? “Éviter les examens redondants” et fluidifier le parcours de soins.
Polymédication, prescriptions et consultations : vers plus de pertinence
Autre proposition : “actualiser les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) sur la polymédication” et “veiller à la pertinence des prescriptions médicales pour les personnes de plus de 65 ans, dès la 5e prescription”. Deux leviers qui pourraient permettre, selon le Medef, 350 millions d’euros d’économies.
L’organisation souhaite également “mettre fin à la prise en charge par l’Assurance maladie des consultations répétées pour un même motif, sans justification médicale”, un phénomène jugé coûteux et souvent évitable.
Médicaments : développer la pharmacie de premier recours
Pour alléger les dépenses de remboursement, le Medef propose de renforcer la pharmacie de premier recours, en élargissant la distribution de médicaments à prescription facultative comme le paracétamol.
L’idée est claire : ces produits seraient payés directement par les patients, l’Assurance maladie ne remboursant que les traitements inscrits sur ordonnance.
L’organisation patronale soutient également “une actualisation de la liste des affections longue durée”, qui ouvrent aujourd’hui droit à une prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale.
Des soins mieux encadrés : 2,5 milliards d’euros d’économies visés
En matière de consommation de soins, le Medef identifie jusqu’à 2,5 milliards d’euros d’économies en responsabilisant à la fois professionnels et patients.
Il propose notamment “d’allonger les délais de renouvellement des lunettes ou des audioprothèses”, une manière de contenir les effets jugés inflationnistes du “100 % santé”, qui garantit zéro reste à charge sur les équipements optiques, auditifs et dentaires.
Autre piste : la refonte des contrats responsables des mutuelles, dont le “socle de garantie est jugé trop rigide et large par les organismes complémentaires”.
Arrêts maladie : le Medef veut instaurer un jour de carence non indemnisé
Sujet sensible, le Medef relance l’idée d’un “jour de carence d’ordre public dans le secteur privé”, calqué sur le modèle de la fonction publique. Ce jour ne serait indemnisé ni par la Sécurité sociale, ni par l’employeur.
Une telle mesure pourrait rapporter jusqu’à 600 millions d’euros à la Sécu, selon les calculs de l’organisation.
Le Medef va plus loin, en suggérant “d’interdire la prise en charge du délai de carence dès le troisième arrêt de travail au cours de l’année civile”, une disposition déjà appliquée dans le secteur bancaire.
« On se rend compte que les taux d’arrêts de travail sont largement plus maîtrisés dans cette branche que dans d’autres domaines », a observé Yves Laqueille, vice-président du Medef et représentant au conseil d’administration de l’Assurance maladie.
Vers une simplification du versement des indemnités journalières
Le Medef plaide pour une réforme du calcul des indemnités journalières (IJ), jugé opaque et inégalitaire. « Elles oscillent aujourd’hui entre 0,5 et 0,7 SMIC », a souligné Yves Laqueille, qui propose de “forfaitiser le montant des IJ, par exemple à 0,58 SMIC”.
Pour rappel, depuis le 1er avril 2025, le plafond des IJ a été abaissé de 1,8 à 1,4 SMIC.
Réorganiser le système de soins : priorité à l’ambulatoire
Enfin, le Medef appelle à “envoyer un signal prix pour encourager l’accompagnement vers l’ambulatoire”, actuellement“moins rémunérateur que l’hospitalisation”.
L’organisation souhaite notamment “développer l’hospitalisation à domicile” et “ouvrir l’accès au tarif global des soins à tous les Ehpad, sans obligation de disposer d’une pharmacie à l’intérieur de l’établissement”. Deux leviers qui visent à limiter les hospitalisations évitables et à améliorer l’efficience des soins.
« Il est temps de responsabiliser tous les acteurs du système : professionnels, complémentaires et assurés », a conclu Yves Laqueille, en insistant sur le caractère collectif de l’effort demandé.
