- Nestlé a limogé son CEO Laurent Freixe pour « relation non déclarée » et confié les rênes au vétéran du café Philipp Navratil.
- Un changement éclair au sommet alors que le groupe doit rassurer marchés et équipes et clarifier sa feuille de route.
Le géant suisse de l’agroalimentaire a annoncé, lundi 1er septembre 2025, le licenciement avec effet immédiat de son directeur général Laurent Freixe, à la suite d’une enquête interne confirmant une « relation amoureuse non déclarée avec une subordonnée directe ».
Le conseil d’administration a choisi Philipp Navratil, ex-patron de Nespresso et cadre historique de la maison, pour lui succéder sans délai.
Un départ brutal, sans indemnité
La décision est tombée au terme de vérifications menées au plus haut niveau de la gouvernance. Nestlé précise que le manquement au code de conduite a été établi et que le départ de Laurent Freixe ne s’accompagnera d’aucune indemnité.
Un an jour pour jour après sa nomination au 1er septembre 2024, l’entreprise se sépare ainsi de son dirigeant dans un contexte déjà chahuté pour le groupe.
Selon le communiqué relayé à la presse, l’affaire a fait l’objet de deux enquêtes : la première, interne, s’est révélée inconclusive ; la seconde, conduite avec l’appui de conseils juridiques externes et supervisée par Paul Bulcke (président) et Pablo Isla (lead independent director), a confirmé la relation non déclarée, justifiant la mesure immédiate. « C’était une décision nécessaire », a souligné Paul Bulcke.
Philipp Navratil, un vétéran du café pour reprendre la barre
Nommé dans la foulée, Philipp Navratil incarne la continuité opérationnelle. Entré chez Nestlé en 2001 comme auditeur interne, il a occupé des postes commerciaux en Amérique centrale avant de diriger Nestlé Honduras (2009), puis l’activité café et boissons au Mexique (2013).
En 2020, il prend les rênes de l’unité stratégique café (Nescafé, Starbucks), dirige Nespresso à partir de juillet 2024 et rejoint le comité exécutif le 1er janvier 2025. Sa connaissance fine du café — l’un des moteurs de croissance du groupe — et son profil international doivent aider à stabiliser la maison mère.
Des priorités immédiates : exécution et clarté stratégique
Malgré ce coup de tonnerre au sommet, Nestlé assure maintenir sa trajectoire et ses priorités. Le nouveau CEO hérite pourtant d’un agenda chargé : redonner de la visibilité aux équipes et aux investisseurs, protéger les marges dans un contexte de devises défavorables et d’inflation persistante, et poursuivre la revue stratégique de certaines marques de vitamines et compléments (VMS), y compris des cessions ciblées possibles sur des marques de milieu de gamme.
Au premier semestre 2025, Nestlé a publié 44,2 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires, en repli de 1,8 % en données publiées, pour une croissance organique de 2,9 %. Le bénéfice net a reculé de 10,3 % à 5,1 milliards de francs suisses. Le groupe a toutefois confirmé sa guidance 2025. Ces chiffres donnent la mesure du défi : regagner en volume et en dynamique de marques, tout en arbitrant le portefeuille.
Le dossier sensible des eaux minérales
La nouvelle équipe dirigeante doit aussi composer avec le scandale des eaux minérales en France, où Nestlé Waters a admis en 2024 avoir utilisé des procédés de traitement interdits pour des eaux commercialisées comme « minérales naturelles ».
En 2025, une commission d’enquête du Sénat a mis en cause la transparence des industriels et la réaction des autorités ; des perquisitions ont eu lieu au siège français de Nestlé en juillet. Ce passif pèse encore sur la réputation et la lisibilité stratégique de la division eaux.
