- Le gouvernement veut réserver en 2026 la prime de Noël aux allocataires de minima sociaux ayant des enfants.
- Entre impératif de redressement des comptes publics et inquiétudes pour le pouvoir d’achat des plus précaires, la bataille des arguments s’intensifie.
Invité sur LCI mercredi 5 novembre, le ministre de l’Économie Roland Lescure a jugé « raisonnable » de réduire l’enveloppe de la prime de Noël et de la réserver aux familles avec enfants. Une ligne défendue par l’exécutif au nom de la rigueur budgétaire.
« Le monde réel, c’est qu’on a besoin de restaurer les finances publiques de la France », poursuit le ministre, mais cette mesure est contestée par l’opposition et une partie des syndicats, qui dénoncent une mesure « ignoble » et un « recentrage » au détriment des personnes seules.
Le gouvernement prépare, dans le projet de loi de finances 2026, un recentrage de la prime de Noël sur les allocataires de minima sociaux ayant un ou des enfants. Sur LCI, Roland Lescure a revendiqué la philosophie du dispositif : « On propose de recentrer le dispositif sur ceux qui croient encore au père Noël, ça semble assez raisonnable », a déclaré le locataire de Bercy, avec un objectif d’économiser “quelques millions d’euros”.
« Les petits ruisseaux font les grandes rivières », a-t-il insisté.
Sur Europe 1, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a confirmé la fermeté de l’exécutif, estimant que « la politique du chèque n’est plus tenable ». Selon elle, il est désormais nécessaire de « faire des choix » : la prime de Noël ne serait donc pas totalement supprimée, mais réservée en priorité aux familles avec enfants, « celles et ceux qui en ont le plus besoin ».
Et de préciser : « J’entends que les parlementaires veulent en discuter, et c’est bien légitime, mais on est à un moment où il faut assumer de faire des choix. »
Au Travail, un « recentrage » assumé
Au ministère du Travail, le « recentrage » est pleinement assumé. Mardi, le ministre Jean-Pierre Farandou a évoqué un possible recadrage du dispositif, rappelant selon lui que « l’État français a été très généreux ».
« Je ne suis pas sûr que notre pays ait les moyens de poursuivre ces politiques de générosité maximale. Je pense qu’il faut accepter un recentrage, cette idée que peut-être la générosité qu’on a connue pendant des décennies est peut-être arrivée à son terme », a-t-il expliqué.
Une mesure jugée « ignoble » par l’opposition
La France insoumise n’a pas tardé à réagir, dénonçant une atteinte directe aux plus précaires. Le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, a qualifié la proposition « d’ignoble » :
« Même s’ils n’ont pas d’enfants, ces bénéficiaires de minima sociaux ont une famille et c’est sur ces gens-là qu’on va faire des économies. »
À l’Assemblée nationale, le député Hadrien Clouet a mis en garde contre les conséquences très concrètes pour les personnes concernées : « Les personnes seules, les personnes isolées, les personnes qui n’ont plus d’enfant à charge, par exemple, ne pourront pas aller voir leurs proches, ne pourront pas faire des cadeaux, ne pourront pas inviter à la maison, seront privées de 150 euros. »
Les syndicats s’inquiètent pour les plus précaires
Sur RMC, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a exprimé son désaccord avec le gouvernement. « Je ne suis pas en accord avec les déclarations de Jean-Pierre Farandou », a-t-elle affirmé, estimant qu’il est difficile de parler de générosité lorsqu’on s’adresse « à des personnes au RSA qui n’ont pas beaucoup plus que 500 euros par mois ».
Selon elle, pour ces publics, « même seules et sans enfant », il ne s’agit en aucun cas « d’un luxe d’avoir ces 150 euros sur un an, en une fois ».
Ce que change(rait) la réforme pour les ménages
Créée en 1998 et reconduite chaque année, la prime de Noël est aujourd’hui versée à plus de 2,2 millions de ménages bénéficiaires. Son montant varie de 152,45 € pour un célibataire au RSA sans enfant à 442,11 € pour un couple avec quatre enfants, avec 60,98 € par enfant supplémentaire.
Le recentrage envisagé priverait de fait les personnes seules sans enfant de cette aide saisonnière, ce qui alimente la controverse sur l’équilibre entre maîtrise de la dépense publique et justice sociale.
