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MIF Expo 2025 : La Cour d’Orgères, l’excellence de la confiture artisanale « made in Quiberon »

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  • Paris, Porte de Versailles. Au cœur des allées bondées du Salon du Made in France — rebaptisé MIF Expo — le savoir-faire tricolore s’expose, de la cosmétique au textile, de l’industrie à la gastronomie.
  • Parmi les stands, une maison bretonne capte l’attention : La Cour d’Orgères, confiturier artisanal reconnu, venue raconter un demi-siècle de passion pour le fruit.

    Avec ses chaudrons traditionnels, ses fruits d’exception et son savoir-faire mêlant gestes d’antan et mécanisation légère, La Cour d’Orgères continue de viser l’excellence malgré un contexte économique tendu. « Nous, on propose un produit premium », souligne Vérène Indekeu, « mais dans l’esprit des gens, la confiture n’est pas considérée comme un produit de luxe ». Reportage dans un salon en pleine effervescence, où les artisans cherchent de nouveaux équilibres.

Le MIF Expo, vitrine des savoir-faire français

Difficile de se frayer un chemin au milieu des stands tant les visiteurs étaient nombreux à déambuler dans les allées pour découvrir des produits exposés de toutes les régions de France. Des cosmétiques au textile, en passant par l’industrie, la décoration et la gastronomie, tous les secteurs sont représentés dans les allées du Salon du Made in France, rebaptisé « MIF Expo ». Un événement qui met en lumière la diversité de la production française et facilite la rencontre directe entre fabricants et professionnels.

Une saga familiale née d’un hasard… devenu destin

Maître artisan et directrice artistique de la maison, Vérène Indekeu aime rappeler comment tout a commencé. L’histoire remonte à plus de cinquante ans, à une époque où ses parents élevaient encore des chèvres.

« Ils élevaient du fromage de chèvre jusqu’en 1976, où la sécheresse a vu tarir les chèvres », raconte-t-elle. Face à la situation — plus de lait, plus de fromage — la famille doit se réinventer.

Pour survivre, ils se tournent vers ce qu’ils ont sous la main : « Ils décident de vendre tout ce qu’ils ont dans leur placard, des confitures maison, artisanales, faites avec les fruits du jardin ». C’est ainsi, presque par nécessité, que « l’aventure La Cour d’Orgères commence ».

Le véritable tournant s’opère en 1986, lorsque la famille s’installe sur la presqu’île de Quiberon. « On garde le nom Orgère d’où on est originaire pour s’installer à Saint-Pierre-Quiberon », raconte Vérène Indekeu. Une première boutique ouvre alors ses portes, avec un cœur de métier déjà affirmé : « la confiture, et puis des gâteaux et du pain ».

Les années passent et l’activité se structure. En 2006, un atelier voit le jour dans la zone artisanale de Quiberon, offrant enfin l’espace nécessaire pour développer la production. Puis vient 2015, une année clé avec l’ouverture de deux nouvelles boutiques à la Trinité-sur-Mer et à Vannes.

La dynamique ne s’arrêtera pas là : « après, on ouvrira jusqu’à huit boutiques », principalement dans le Morbihan et à La Baule.

La recette de l’excellence : terroirs, fruit et créativité

 Chez La Cour d’Orgères, la priorité reste le goût. « On veut des fruits qui ont du goût, on va les choisir dans leur meilleur terroir », explique Vérène Indekeu. Clémentines corses, figues de Solliès, abricots du Roussillon, fraises de Plougastel ou encore bananes venues de Martinique et de Guadeloupe : chaque fruit est sélectionné pour sa qualité. L’objectif est clair : « pousser le pourcentage du fruit dans le pot de confiture pour que ce soit lui qui apporte le maximum de son propre sucre ».

L’exigence artisanale s’exprime aussi dans les proportions. « Nous, on fabrique des confitures artisanales qui ont l’appellation confiture, c’est-à-dire qu’on est à 55 % de taux final de sucre », rappelle-t-elle. Là où l’industrie respecte le minimum légal de 45 % de fruits, « nous artisans, on va être entre 60 % et 95 % ». Une façon de laisser le fruit s’exprimer pleinement, sans compromis.

La gamme s’étend des confitures 100 % issues des fruits (équivalentes à des allégées, sans sucre ajouté) aux mélanges originaux moins sucrés, jusqu’aux confitures pour cuisiner.

« J’aime bien créer des recettes de confiture et des recettes à base de confiture. J’explique comment les utiliser autrement », nous explique la créatrice.

« Artisan mécanisé » : tradition, gestes et cadence

La production reste entièrement réalisée à Quiberon, dans un esprit artisanal assumé et des volumes maîtrisés. « On fabrique tout à Quiberon (…) Tout est fait à la main », précise Vérène Indekeu. Avec les années, la maison a gagné en capacité sans renoncer à ses méthodes traditionnelles :

« On est des artisans mécanisés parce qu’on est arrivé à un stade de production un peu plus élevé », explique-t-elle. Les confitures mijotent toujours « en petite quantité, dans des chaudrons de cuivre rouge à l’ancienne ».

Seules certaines étapes ont été allégées, comme la mise en pot, réalisée « à la main ou avec une doseuse », ou l’étiquetage, désormais confié à « une petite machine ». Des ajustements mesurés, affirme-t-elle : « Ce ne sont pas des gros outils, mais une aide… On soulage le travail répétitif en les aidant avec un peu de mécanisation. »

L’équation économique : préserver le haut de gamme, retrouver du volume

 Comme beaucoup d’artisans présents au MIF Expo, La Cour d’Orgères doit composer avec un contexte économique tendu, entre hausse des coûts et baisse du pouvoir d’achat.

« Aujourd’hui, vous pouvez demander à tous les gens qui sont iciles artisans ont du mal à s’en sortir. C’est très dur l’artisanat et parce que l’artisanat de luxe est cher… il y a beaucoup de main-d’œuvre, donc c’est très coûteux », confie Vérène Indekeu.

Pour assurer la viabilité de l’entreprise, la maison a choisi de se diversifier. « Pour rentabiliser son outil de production, on est obligé de diversifier notre clientèle, on fait du très premium, du luxeon est obligé de faire aussi des produits un peu moins luxe pour faire du volume. »

Une réalité largement partagée dans le secteur : « Ceux qui grossissent un peu développent une deuxième marque, parfois une troisième, pour garder la marque premium tout en rentabilisant leur activité. »

La Cour d’Orgères a elle-même adopté cette stratégie récemment. « Depuis un an et demi maintenant. C’est vraiment tout récentle pouvoir d’achat a baisséet quand les gens vous disent que c’est super cher mais qu’ils adorent, ça fait mal au cœur. »

À cela s’ajoute une barrière culturelle difficile à dépasser. « Nous, on propose un produit premiummais dans la tête des gens, la confiture, c’est un produit de consommation courante, pas un produit de luxe. À l’inverse, le chocolat peut être cher ou pas cher, et les gens ne vont pas se poser autant de questions. »

Le sur-mesure et le B2B, leviers de croissance

Marie-Charlottine Indekeu, gestionnaire de la maison, confirme que le sur-mesure occupe désormais une place croissante dans l’activité. « Aujourd’hui, ce qu’on souhaite développer, c’est plutôt la partie sur-mesure pour des grands chefs ou de grandes maisons. On travaille, entre autres, avec Dalloyau », explique-t-elle. Une demande qui ne cesse d’augmenter, portée par « un savoir-faire et une certaine qualité que certains recherchent ».

La Cour d’Orgères élargit également ses offres à destination des entreprises. « Nous proposons aussi l’offre cadeau », précise-t-elle. Comités d’entreprise, cadeaux d’affaires, coffrets aux designs renouvelés : la maison explore de nouvelles pistes pour répondre aux attentes de clients professionnels en quête de produits soignés et personnalisés.

Un salon qui change d’échelle

Depuis sa création, l’événement — qui prend ses quartiers Porte de Versailles jusqu’à la fin du week-end — n’a cessé de grandir, passant de 78 exposants et 15 000 visiteurs en 2012 à plus de 1 000 exposants et plus de 110 000 visiteurs attendus en 2025. Une dynamique qui confirme l’appétence des consommateurs pour la traçabilité et la valeur des métiers.

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