- Les socialistes maintiennent la pression sur le gouvernement à l’approche d’un nouveau round de discussions à Matignon.
- Au centre des tensions : le budget de la Sécurité sociale et la capacité de Sébastien Lecornu à tenir une majorité déjà fracturée.
Dans un contexte de majorité relative fragilisée, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, dans une interview accordée au Parisien samedi, avertit l’exécutif : « Le gouvernement ne peut pas attendre des socialistes ce qu’il n’obtient pas de sa majorité ».
Alors que les votes sur le budget révèlent une « grande dispersion des voies et des chemins » au sein des groupes qui soutiennent le gouvernement, le PS refuse de devenir la béquille automatique de Matignon et prévient : sans compromis, « 49.3 ou pas, il n’y aura pas de budget ».
Une majorité éclatée sur le budget de la Sécurité sociale
La fragilité de la majorité relative s’est de nouveau manifestée lors du vote en commission sur la partie recettes du budget de la Sécurité sociale, en nouvelle lecture. Selon des sources parlementaires, les députés Les Républicains ont voté contre, Horizons s’est abstenu, quand le MoDem et les députés Renaissance ont soutenu le texte.
Boris Vallaud constate une « grande dispersion des voies et des chemins entre les quatre groupes qui le soutiennent, notamment LR et Horizons ». Autrement dit, la coalition censée appuyer le gouvernement ne parle plus d’une seule voix, même sur un texte aussi structurant que le budget social.
Dans ce contexte, le patron des députés socialistes rappelle que son groupe ne viendra pas combler mécaniquement les failles d’une majorité fracturée : « Le gouvernement ne peut pas attendre des socialistes ce qu’il n’obtient pas de sa majorité », insiste-t-il.
Les socialistes déterminés à ne pas être « les seuls » au compromis
Une nouvelle rencontre est prévue lundi à Matignon entre le Parti socialiste et Sébastien Lecornu. Le PS entend bien profiter de ce rendez-vous pour clarifier les responsabilités politiques au sein de l’exécutif. Boris Vallaud explique que son groupe souhaite demander au Premier ministre s’il est « effectivement le chef » de sa majorité relative.
Le message est sans détour : « Sébastien Lecornu ne peut pas être simplement observateur du débat parlementaire. Le moment est au ressaisissement. Le gouvernement ne peut pas attendre des socialistes ce qu’il n’obtient pas de sa majorité», tance le député des Landes.
Tout en se disant ouvert au dialogue, le chef de file des socialistes refuse que son camp soit le seul à porter l’effort de compromis : « Nous ne sommes pas au bout du chemin de compromis et nous ne pouvons pas être les seuls à le rechercher », prévient-il, pointant également « l’intransigeance du Sénat ».
« Tout est encore possible mais tout peut dérailler »
Pour Boris Vallaud, la situation reste inflammable, mais pas irréversible. Il appelle l’ensemble des forces politiques à la responsabilité.
« Personne ne peut se payer le luxe de jouer la politique du pire. Tout est encore possible mais tout peut dérailler », met-il en garde.
Ce double avertissement vise à la fois le gouvernement, sommé d’assumer pleinement la conduite de sa majorité, et la droite, accusée de camper dans une posture de blocage, notamment au Sénat. Les socialistes, eux, se posent en acteurs du compromis, mais pas à n’importe quel prix.
Le 49.3 en toile de fond : un outil « dans les mains du Premier ministre »
En arrière-plan, plane la question de l’éventuel recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui permettrait au gouvernement de faire adopter le budget sans vote définitif, sauf motion de censure. Sébastien Lecornu y a, pour l’heure, renoncé, à la demande notamment des socialistes.
Interrogé sur ce point, Boris Vallaud rappelle que cet instrument reste « dans les mains du Premier ministre ». Et de préciser : « Je ne suis pas président de l’amicale des constitutionnalistes, je suis président des députés socialistes », renvoyant à Sébastien Lecornu la responsabilité du choix de la méthode.
Pour lui, le cœur du problème ne réside pas dans la procédure, mais dans la capacité à construire un accord politique solide. Sa conclusion est sans ambiguïté : « S’il n’y a pas de compromis, 49.3 ou dans une interview pas, il n’y aura pas de budget ».
Un test politique majeur pour l’exécutif
Ce bras de fer autour du budget de la Sécurité sociale constitue un test décisif pour le gouvernement en situation de majorité relative. Entre une coalition interne divisée, un Sénat jugé inflexible et des socialistes déterminés à ne pas servir de roue de secours, l’exécutif joue une partie serrée.
Les discussions à Matignon diront si le « chemin de compromis » évoqué par Boris Vallaud existe encore réellement. Une chose est certaine : pour les socialistes, la balle est désormais dans le camp du gouvernement.
