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Croissance mondiale : l’OCDE maintient ses prévisions 2025 mais alerte sur une reprise « de plus en plus fragile »

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  • L’économie mondiale tient mieux que prévu, malgré la montée des tensions commerciales, les incertitudes géopolitiques et la volatilité des marchés.
  • Dans ses dernières prévisions, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) confirme une croissance résiliente en 2025, tout en mettant en garde contre les risques qui s’accumulent à moyen terme.
  •  L’organisation avertit : la dynamique reste précaire et pourrait rapidement s’essouffler en cas de nouvelle escalade tarifaire ou de choc financier lié notamment à l’intelligence artificielle (IA) et à l’endettement public.

   L’OCDE maintient sa prévision de croissance mondiale à 3,2 % en 2025 après 3,3 % en 2024, avant un ralentissement à 2,9 % en 2026. Si elle salue une résilience jugée « surprenante » face aux droits de douane américains et aux tensions politiques, l’organisation avertit que la croissance devient « de plus en plus fragile », menacée par de nouveaux relèvements tarifaires, des restrictions sur les produits critiques et des risques de correction brutale des valeurs liées à l’IA.

Une économie mondiale résiliente, malgré les chocs

Dans son rapport de prévisions économiques actualisées, l’organisation souligne que « l’économie mondiale a été résiliente cette année, malgré les craintes d’un ralentissement plus marqué compte tenu du renforcement des obstacles au commerce et de la forte incertitude liée à l’action publique ». Une performance jugée « surprenante » au regard du choc des droits de douane américains et des tensions géopolitiques persistantes.

Comme facteurs de résistance, l’OCDE met en avant l’anticipation du relèvement des droits de douane, qui a temporairement stimulé les échanges, la baisse des taux d’intérêt opérée par les banques centrales, l’effet de soutien de certaines politiques budgétaires et les investissements massifs dans les technologies, notamment l’intelligence artificielle.

États-Unis : une croissance dopée par l’IA et le commerce

Aux États-Unis, la première économie mondiale, la trajectoire est revue légèrement à la hausse. La croissance est désormais attendue à 2 % en 2025 et 1,7 % en 2026, soit une amélioration de 0,2 point par rapport aux prévisions publiées en septembre.

La volonté du président américain Donald Trump de relever les droits de douane sur les produits entrant aux États-Unis a, dans un premier temps, provoqué une ruée sur les importations en début d’année. Ce flot s’est depuis tari, s’accompagnant d’un ralentissement en deuxième partie d’année.

Malgré « une dégradation du marché de l’emploi, une persistance de l’inflation et la “faiblesse temporaire” induite par la paralysie budgétaire », l’OCDE estime que la première économie mondiale paie moins lourdement qu’anticipé l’impact des droits de douane et du recul de l’immigration nette.

Ces effets négatifs sont partiellement compensés par « des investissements très importants dans les logiciels et les équipements de traitement de l’information, et la bonne tenue des marchés d’actions », souligne l’organisation.

Depuis l’annonce au printemps des nouveaux droits de douane, les États-Unis ont signé une série d’accords commerciaux avec l’Union européenne, le Japon, la Suisse et le Royaume-Uni. Dans le même temps, la guerre commerciale avec Pékin s’est apaisée. Résultat : le taux effectif des droits de douane sur les importations américaines de marchandises était estimé par l’OCDE à 14 % fin novembre, contre 15,4 % en juin.

Zone euro : un léger mieux pour la France, une Allemagne en retrait

La zone euro profite également d’un ajustement légèrement positif de ses perspectives. Sa croissance est désormais anticipée à 1,3 % en 2025 (+0,1 point) et 1 % en 2026 (+0,2 point).

La France tire son épingle du jeu. L’OCDE relève sa prévision de croissance à 0,8 % cette année et 1 % l’an prochain (+0,2 et +0,1 point respectivement), portée par les exportations aéronautiques et les investissements des entreprises. La progression du PIB atteindrait ensuite 1 % en 2026 et 2027, là encore en légère amélioration.

À l’inverse, l’Allemagne reste à la traîne. Première économie européenne, elle n’enregistrerait qu’une modeste croissance de 0,3 % en 2025, avant un rebond à 1 % en 2026 (-0,1 point) et 1,5 % en 2027. Un profil qui confirme les difficultés structurelles du modèle industriel allemand dans le nouveau contexte énergétique et géopolitique.

Chine et émergents : une résistance « étonnante »

L’OCDE souligne que, dans de nombreux pays émergents, « la croissance du PIB a étonnamment bien résisté ». La Chine en est l’illustration. L’économie chinoise est un peu mieux positionnée qu’en septembre, avec 5 % de croissance estimés en 2025 (+0,1 point), avant un ralentissement à 4,4 % en 2026 et 4,3 % en 2027.

Cette trajectoire confirme la transition progressive du pays vers un modèle moins dépendant de l’immobilier, davantage tourné vers la consommation intérieure et les secteurs à forte valeur ajoutée. Mais l’OCDE rappelle que ce rééquilibrage s’opère dans un environnement international plus hostile, marqué par la crispation sur les technologies stratégiques et les chaînes d’approvisionnement.

Une croissance « de plus en plus fragile »

Malgré des prévisions globalement plus favorables, le ton du rapport est loin d’être triomphaliste. L’organisation met en avant une croissance « de plus en plus fragile », menacée par un faisceau de risques commerciaux, géopolitiques, financiers et technologiques.

« Les deux sujets de préoccupation majeurs sont la possibilité de nouveaux relèvements des taux tarifaires bilatéraux sur les importations de marchandises et une éventuelle généralisation des restrictions à l’exportation de produits critiques, comme les terres rares », prévient l’OCDE.

L’organisation met en garde contre les effets d’une nouvelle vague de fragmentation commerciale. « La restructuration des chaînes de production et d’approvisionnement qui en découlerait pourrait également se traduire par des coûts supplémentaires qui se répercuteraient sur les prix », avertit-elle encore.

IA, marchés financiers et dettes publiques sous surveillance

Au-delà du commerce mondial, l’OCDE s’inquiète de la montée de risques financiers liés à l’essor de l’intelligence artificielle et à l’endettement public. Elle pointe « un risque de corrections brutales des prix » des entreprises de l’IA, aujourd’hui très fortement valorisées, ainsi que des « vulnérabilités budgétaires » susceptibles d’entraîner une hausse des taux souverains et de compliquer le financement des États.

Dans ce contexte, l’organisation appelle les gouvernements à une grande prudence, tant dans la conduite de leurs politiques budgétaires que dans la régulation des marchés financiers et des technologies de rupture.

Des choix politiques déterminants pour la suite du cycle

Selon l’OCDE, la solidité de la croissance mondiale dans les prochaines années dépendra étroitement des décisions politiques qui seront prises. L’organisation souligne qu’il sera essentiel de freiner l’escalade tarifaire et de stabiliser le cadre des échanges internationaux, afin d’éviter une nouvelle détérioration du commerce mondial.

Elle insiste également sur la nécessité de contenir l’extension des restrictions à l’exportation concernant les produits stratégiques, tels que les terres rares, pour préserver l’intégrité des chaînes de valeur et limiter les perturbations industrielles.

Parallèlement, l’OCDE appelle à une surveillance accrue des valorisations dans les secteurs technologiques et de l’intelligence artificielle, où les risques de bulles spéculatives se renforcent. Encadrer ces excès apparaît crucial pour prévenir d’éventuelles corrections brutales.

Enfin, l’organisation recommande de réduire les fragilités budgétaires en adoptant des stratégies de dette plus crédibles et durables. Un assainissement des finances publiques constituerait, selon elle, un levier essentiel pour restaurer la confiance et soutenir la croissance à moyen terme.

L’économie mondiale a jusqu’ici fait preuve d’une capacité d’adaptation remarquable. Mais, comme le rappelle l’OCDE, cette résilience ne doit pas masquer la fragilité de la reprise : sans coordination internationale et sans gestion maîtrisée des tensions commerciales, de l’IA et de la dette, le scénario d’une croissance « de plus en plus fragile » pourrait rapidement se matérialiser.

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