- ArcelorMittal présente de nouvelles lignes de production d’aciers électriques à Mardyck, près de Dunkerque, pour un investissement de 600 millions d’euros, présenté comme le plus important du groupe en Europe depuis dix ans.
- Cette annonce intervient alors que l’Assemblée nationale a voté fin novembre une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France, dans un contexte de suppressions d’emplois et de concurrence accrue de l’acier asiatique, notamment chinois.
À Mardyck, près de Dunkerque, ArcelorMittal met en service de nouvelles lignes de production d’aciers électriques, présentées comme « le plus important investissement du groupe en Europe depuis dix ans ». Un pari industriel de 600 millions d’euros, destiné notamment au marché des moteurs de voitures électriques, qui survient alors que l’Assemblée nationale a voté fin novembre une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France, dans un climat de défiance syndicale et politique.
Un site vitrine pour l’acier électrique à Mardyck
En pleine controverse sur sa nationalisation et alors que le groupe a annoncé des suppressions d’emplois en France, ArcelorMittal choisit de mettre en avant l’avenir plutôt que la défense. Ce mardi, le sidérurgiste présente à la presse de nouvelles lignes de production à Mardyck, dans le Nord.
Selon l’entreprise, cette nouvelle unité d’aciers électriques, située près de Dunkerque, a nécessité un financement de 600 millions d’euros et représente « le plus important investissement du groupe en Europe depuis dix ans ». À Mardyck, « les trois premières lignes » de cette filière doivent démarrer d’ici la fin de l’année.
L’objectif affiché est de produire chaque année plus de 150 000 tonnes d’un acier enrichi en silicium. Grâce à ses fortes propriétés magnétiques, ce matériau est destiné en priorité à la fabrication de moteurs pour voitures électriques, un marché en plein essor porté par la transition énergétique.
« Ne se désengage pas de la France », assure ArcelorMittal
Pour la direction d’ArcelorMittal France, l’usine de Mardyck est la preuve que le groupe parie encore sur l’Hexagone. Le sidérurgiste insiste sur le fait qu’il « ne se désengage pas de la France » mais qu’il modernise ses sites et « prépare l’avenir de la production d’acier » dans le pays.
Le groupe met également en avant un effort plus global : il affirme avoir investi 1,7 milliard d’euros en cinq ans en France, dont environ 30 % consacrés à la maintenance de ses installations. Dans un contexte de baisse de la demande d’acier et de pression concurrentielle asiatique, ces annonces se veulent la démonstration d’une stratégie axée sur les aciers à plus forte valeur ajoutée et les usages liés à l’électrification de l’industrie.
Une nationalisation votée à l’Assemblée, mais un avenir incertain
Ces signaux d’investissement ne suffisent toutefois pas à rassurer tout le monde. Les représentants du personnel, plusieurs experts et de nombreux élus de gauche voient dans la situation d’ArcelorMittal une menace pour la souveraineté industrielle de la France.
Fin novembre, l’Assemblée nationale a ainsi adopté une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France, au nom de la défense de la filière acier française. Une démarche symboliquement forte, mais dont l’avenir politique apparaît fragile : le texte devrait se heurter à une forte opposition au Sénat.
Le gouvernement, lui, ne cache pas son hostilité à cette option. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a qualifié la nationalisation de « réponse populiste à un problème structurel », considérant que la question de la compétitivité de l’acier européen dépasse le seul cas ArcelorMittal.
Concurrence chinoise et demande en baisse : une filière sous pression
Historiquement portée par l’automobile et la construction, la demande d’acier s’émousse en Europe. Les volumes reculent ou stagnent sur fond de ralentissement économique, tandis que les coûts de production restent élevés sur le continent.
Parallèlement, la production asiatique – et notamment chinoise – continue de peser lourd, avec des aciers vendus à des prix souvent inférieurs à ceux produits en Europe. Cette concurrence renforce la pression sur les marges des sidérurgistes européens et pousse les groupes comme ArcelorMittal à rationaliser, moderniser et parfois réduire leur empreinte industrielle.
En début d’année, ArcelorMittal a annoncé un vaste plan de suppressions d’emplois dans ses usines du nord et de l’est de la France. De quoi alimenter les inquiétudes des salariés et des élus locaux, déjà marqués par des années de restructurations industrielles.
Un rapport d’experts alarmant et contesté
Début novembre, un rapport d’experts mandatés par le comité social et économique central (CSEC) d’ArcelorMittal est venu renforcer les doutes. Ce document, contesté par la direction, qualifie l’avenir du géant sidérurgique d’« incertain » en France.
Les auteurs du rapport dénoncent notamment un sous-investissement dans l’outil de production et pointent « une forme de précipitation » dans la décision de procéder à des licenciements. Des critiques qui vont à rebours du discours officiel du groupe sur l’effort financier consenti à Mardyck et sur d’autres sites français.
Mardyck, symbole d’une bataille pour l’avenir de l’acier français
Entre les annonces d’investissements record à Mardyck et les restructurations dans d’autres usines, ArcelorMittal se trouve au cœur d’un bras de fer où se mêlent souveraineté industrielle, enjeux sociaux et transition écologique.
La nouvelle unité d’acier électrique, présentée comme « le plus important investissement du groupe en Europe depuis dix ans », est devenue bien plus qu’un projet industriel : elle cristallise le débat sur la capacité de la France et de l’Europe à maintenir une sidérurgie compétitive, innovante et créatrice d’emplois dans un marché mondial dominé par la Chine.
Reste à savoir si cet investissement suffira à convaincre que le groupe « ne se désengage pas de la France » et qu’il « prépare l’avenir de la production d’acier », ou si, à l’inverse, les appels à la nationalisation et les inquiétudes sur l’emploi continueront de peser plus lourd que les promesses d’acier électrique à Mardyck.
