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samedi, décembre 13, 2025
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TotalEnergies ouvre son offshore nigérian à Chevron dans un accord stratégique

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  • TotalEnergies fait entrer Chevron dans deux de ses permis offshore majeurs au Nigeria, une opération clé pour la réorganisation de son portefeuille deepwater dans le pays.
  • L’accord marque une nouvelle étape pour les deux supermajors, alors que le Nigeria cherche à relancer l’investissement dans son offshore profond post-PIA.

   Dans le bassin offshore du West Delta, au large du Nigeria, TotalEnergies cède 40 % de ses intérêts dans les permis PPL 2000 et PPL 2001 à Chevron, tout en restant opérateur. Cette alliance entre deux supermajors, épaulées par le partenaire local SAPETRO, s’inscrit au cœur de la nouvelle politique énergétique post-PIA du Nigeria et pourrait faire émerger de futurs hubs de production deepwater, à forte portée géopolitique et industrielle.

 Un consortium renforcé autour de deux permis stratégiques

 TotalEnergies a officialisé la cession de 40 % de ses parts dans les permis d’exploration offshore PPL 2000 et PPL 2001 à Chevron, via sa filiale Star Deep Water Petroleum Limited. Les deux blocs, situés dans le bassin offshore du West Delta, sont désormais détenus par un consortium composé de TotalEnergies (40 %, opérateur), Chevron (40 %) et South Atlantic Petroleum – SAPETRO (20 %).

Attribués en 2024, ces permis ont été convertis en contrats de partage de production (PSC) en septembre 2025, dans le cadre de la mise en œuvre du Petroleum Industry Act (PIA) nigérian. Cette conversion marque une étape clé pour le Nigeria, qui cherche à rendre son offshore profond plus compétitif et plus lisible pour les investisseurs internationaux.

Réduction des risques, maintien du contrôle pour TotalEnergies

Le programme de travail impose le forage d’un premier puits d’exploration, un engagement lourd en investissements dans une zone encore peu sécurisée sur le plan géologique. En faisant entrer Chevron dans le capital de ces permis, TotalEnergies met en œuvre un farm-out classique, lui permettant de réduire son exposition financière et géologique, tout en conservant la maîtrise opérationnelle et la direction technique du projet.

Cette opération contribue également à une meilleure optimisation de son allocation de capital au sein de son portefeuille nigérian.

 « Après avoir lancé une joint-venture dans l’exploration aux États-Unis en juin, nous sommes ravis d’étendre notre collaboration au Nigeria afin de développer de nouvelles ressources dans le bassin du West Delta, » a déclaré Nicola Mavilla, directeur Exploration de TotalEnergies.

« Cette nouvelle joint-venture vise à réduire les risques et à développer de nouvelles ressources au Nigeria, en ligne avec les objectifs du pays », a -t-il ajouté

Chevron muscle son ancrage nigérian au-delà d’Agbami

Pour Chevron, l’entrée à 40 % dans PPL 2000 et PPL 2001 représente une diversification de son portefeuille nigérian, historiquement centré sur le champ d’Agbami. L’entreprise américaine accède ainsi à de nouveaux prospects dans un bassin qu’elle connaît, sans supporter seule le poids de lourds CapEx.

Cette présence conjointe de deux supermajors est également stratégique sur le plan financier : la solidité de leurs bilans et leur historique de développement offshore peuvent favoriser l’accès à des financements compétitifs, notamment si des synergies avec des installations existantes sont identifiées.

 SAPETRO, partenaire local historique, conserve 20 % du projet. Si son influence dans la gouvernance se trouve mécaniquement réduite, l’entreprise nigériane bénéficie d’une alliance renforcée avec deux majors internationales, de nature à soutenir le transfert de compétences et la montée en puissance de la filière locale.

Une vitrine de la nouvelle politique énergétique post-PIA

 Ce partenariat s’inscrit dans la stratégie du Nigeria, qui cherche à raviver l’appétit des investisseurs pour son offshore profond. La Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) voit d’ailleurs dans ces nouveaux blocs une véritable vitrine de la politique énergétique post-PIA.

Le cadre réglementaire et fiscal rénové mise sur plusieurs leviers :

  • Une fiscalité allégée pour attirer les projets en deepwater,
  • Des standards environnementaux formalisés dans l’Upstream Petroleum Decarbonisation Template (UPDT),
  • Le maintien d’exigences strictes en matière de contenu local.

En attirant simultanément TotalEnergies et Chevron, Lagos espère envoyer un signal clair : le pays se positionne comme une alternative crédible à des producteurs soumis à sanctions internationales, tout en restant aligné sur les normes de conformité comme le FCPA américain ou le UK Bribery Act britannique.

Enjeux géopolitiques et concurrence des intérêts chinois

 La consolidation de la présence occidentale dans le deepwater nigérian intervient dans un contexte de recomposition des influences énergétiques en Afrique de l’Ouest. Le Nigeria n’est pas soumis à des embargos sur les hydrocarbures, mais les sociétés opérant sur place doivent respecter des standards élevés de gouvernance.

L’arrivée de Chevron aux côtés de TotalEnergies contribue à renforcer l’ancrage géopolitique des États-Unis dans la région, au moment où les intérêts chinois progressent à travers financements d’infrastructures et prises de participation dans divers projets énergétiques. Le contrôle de nouvelles ressources deepwater au Nigeria revêt ainsi une dimension qui dépasse le seul cadre industriel.

Vers de futurs hubs de production deepwater

À moyen terme, les permis PPL 2000 et PPL 2001 pourraient devenir des hubs majeurs de production, si les campagnes d’exploration confirment le potentiel géologique. Leur localisation, à proximité d’autres infrastructures offshore existantes, ouvre la voie à des schémas de développement via raccordements (tie-backs) plutôt que par des installations autonomes.

Un tel schéma de développement présente plusieurs atouts : il permet de réduire les coûts d’investissement, d’accélérer les mises en production et d’optimiser l’utilisation des capacités de traitement existantes, tout en limitant l’empreinte environnementale grâce à la mutualisation des infrastructures.

Pour TotalEnergies, l’accord permet de libérer du capital tout en conservant une exposition stratégique à l’upside géologique de ces blocs. Pour Chevron, il s’agit d’une option de croissance modulaire dans une province qu’elle maîtrise déjà, sans obligation immédiate de déploiement massif de CapEx.

 

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