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Bercy mobilise la filière automobile pour lier décarbonation, emploi et souveraineté industrielle européenne

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  • À Bercy, le gouvernement hausse le ton pour défendre l’avenir de l’industrie automobile européenne face à la concurrence asiatique et au défi de la décarbonation.
  • Réunis ce mardi 2 décembre, ministres et acteurs de la filière ont porté une position commune : concilier transition écologique, souveraineté industrielle et emploi.

   Face à un marché en berne et à un choc concurrentiel jugé “durable et profond”, la France plaide pour une véritable “préférence européenne” dans la future réglementation sur les émissions de CO₂ des véhicules. Objectif : protéger les constructeurs et équipementiers européens, sécuriser les chaînes de valeur des véhicules électriques et faire de la décarbonation une opportunité industrielle plutôt qu’une menace pour l’emploi.

Une filière automobile sous tension

Ce mardi 2 décembre, à Bercy, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont réuni l’ensemble des acteurs de la filière automobile. Autour de la table : constructeurs, équipementiers et représentants de la filière, tous concernés par l’avenir de l’empreinte industrielle automobile en Europe, alors que le “paquet automobile” européen entre dans sa phase finale de négociation.

Tous les opérateurs de la filière partagent le même constat : l’industrie automobile européenne fait face à une demande insuffisante et à un choc concurrentiel durable et profond. Pourtant, les constructeurs européens ont investi massivement pour réussir la transition énergétique et industrielle, notamment dans la technologie électrique et les usines de batteries. Un nouveau record a été atteint le mois dernier avec 26 % de parts de marché pour les véhicules 100 % électriques.

De plus, l’Europe et la France misent  sur l’industrialisation des batteries pour rattraper le retard face aux grands acteurs internationaux. Mais les équipementiers restent particulièrement exposés à une concurrence asiatique parfois massivement subventionnée, pouvant représenter plus de 30 % d’écart de compétitivité.

Une “préférence européenne” pour rétablir l’équité

Dans ce contexte, les ministres appellent à une approche européenne fondée sur une protection proportionnée de toute la filière, en particulier des équipementiers, essentiels à la souveraineté industrielle du continent. Il ne s’agit pas de fermer le marché, insistent-ils, mais de rétablir des règles du jeu équitables face à une concurrence extra-européenne jugée déloyale.

La France demande ainsi une préférence européenne assumée dans le cadre de la révision du règlement européen sur les émissions de CO₂ des véhicules. Pour Monique Barbut, cette ligne est indispensable pour faire de la transition écologique un levier industriel et non un risque social.

« La transition écologique est une véritable opportunité pour notre industrie à condition d’accompagner le secteur dans cette transition. Nous voulons une Europe qui décarbone, mais aussi une Europe qui innove et qui produit. Assumer une préférence européenne, c’est rendre la transition possible, acceptable et accessible « , affirme -telle dans un communiqué.

L’ambition affichée est claire : l’objectif industriel sur le véhicule électrique ne peut pas être inférieur à la situation actuelle sur le véhicule thermique, où près de 75 % du savoir-faire, des pièces et des composants sont d’origine européenne. À défaut, le risque serait de voir s’effondrer l’emploi industriel et de fragiliser l’adhésion des citoyens à la décarbonation.

Les critères de cette préférence européenne devront inciter à produire sur le sol européen une part significative de la valeur ajoutée du véhicule et de ses composants stratégiques – batterie, moteur électrique, électronique – avec une trajectoire “pragmatique” coconstruite avec la filière, dans un souci de simplicité et d’efficacité.

 Faire de la décarbonation un levier de réindustrialisation et d’emplois

Le gouvernement revendique une approche intégrée : les objectifs environnementaux ne peuvent être dissociés d’une trajectoire industrielle claire. Les ministres se disent ainsi ouverts à des flexibilités sur la neutralité technologique et sur les objectifs fixés à horizon 2035, à condition qu’elles s’accompagnent d’incitations réglementaires et financières favorisant le maintien et le développement de chaînes de valeur industrielles européennes compétitives.

Les véhicules électriques répondant à des critères de production européenne devraient bénéficier de modalités de prise en compte préférentielles, afin d’apporter davantage de souplesse aux constructeurs qui choisissent de produire localement.

Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, insiste sur l’enjeu de souveraineté et d’emplois :

« Protéger l’industrie automobile européenne, c’est préserver et créer des emplois, favoriser une production décarbonée et garantir notre souveraineté. Assumons le choix de l’Europe, soyons fiers de produire et d’acheter des voitures françaises et européennes. »

La France appelle ainsi à allier ambition industrielle et décarbonation directement au sein du règlement sur les émissions de CO₂ que la Commission européenne s’apprête à réviser.

VUL, petit véhicule électrique et batteries : des chantiers prioritaires

Pour y parvenir, le gouvernement souhaite adapter la trajectoire de décarbonation des véhicules utilitaires légers à la réalité du marché. Il plaide pour un lissage des objectifs sur cinq ans afin de permettre aux entreprises et aux constructeurs d’ajuster leurs investissements.

Selon Bercy, le gouvernement soutient les initiatives de la Commission européenne pour faciliter l’émergence d’un petit véhicule électrique européen, considéré comme un levier clé pour la compétitivité et la démocratisation du véhicule électrique en Europe. Ces initiatives doivent, selon les ministres, être accélérées.

La France rappelle également son attachement à un règlement favorisant l’achat de véhicules électriques européens par les flottes d’entreprise. Elle appelle à un soutien urgent à la montée en cadence des usines de batteries européennes, avec des mécanismes incitant progressivement à l’achat de composants européens au sein des batteries, comme les cathodes.

“Produire en Europe doit redevenir un avantage”

Pour Sébastien Martin, le message adressé à la Commission européenne doit être à la fois clair et déterminé. Le ministre met en garde contre le risque de voir l’Europe devenir « un simple marché de consommateurs » si elle ne protège pas davantage sa base industrielle. Il rappelle que l’unité affichée à Bercy traduit une volonté commune : « notre réglementation environnementale doit favoriser le maintien et le développement d’une industrie européenne forte ».

Selon lui, l’urgence est de rétablir une véritable équité face à la concurrence internationale. « Si nous ne réagissons pas, l’Europe ne fabriquera plus les véhicules qu’elle consomme », prévient-il, plaidant pour des « droits de douane ciblés », un renforcement du contenu local dans la réglementation et une conditionnalité stricte des aides publiques. Et d’appeler la Commission à agir dès le 10 décembre : elle doit, dit-il, « envoyer un signal clair en faveur de notre souveraineté industrielle : produire en Europe doit redevenir un avantage ».

En toile de fond, la France défend une ligne de crête : tenir le cap de la décarbonation, tout en protégeant l’emploi et la souveraineté industrielle. À l’heure où se joue l’avenir de la réglementation européenne sur l’automobile, Paris veut faire de la “préférence européenne” non pas un repli, mais un outil pour garantir une transition écologique juste, compétitive et créatrice d’emplois sur le continent.

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