- Alors que le tribunal des affaires économiques de Nanterre doit se prononcer ce mercredi 3 décembre sur l’avenir de Brandt, les salariés s’accrochent à un projet de reprise en coopérative (Scop).
- Soutenu par l’État et les collectivités locales, ce scénario pourrait sauver près de 300 emplois et préserver deux sites industriels en Centre-Val de Loire. Reste à convaincre les banques de “jouer le jeu”.
L’avenir de Brandt, groupe centenaire d’électroménager et fleuron industriel français, se joue ce mercredi 3 décembre devant la justice. Placée en redressement judiciaire début octobre, l’entreprise est au cœur d’une audience décisive devant le tribunal des affaires économiques de Nanterre, prévue à 11 heures.
Le sort du groupe, qui emploie près de 700 salariés en France, demeure très incertain. Parmi les offres déposées, une seule retient véritablement l’attention des pouvoirs publics : un projet de reprise en société coopérative et participative (Scop), soutenu par le groupe Revive et porté par les salariés.
Selon le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, ce montage permettrait de sauver au moins 300 emplois en France et de maintenir une activité industrielle sur le territoire.
Une Scop pour sauver emplois et sites industriels
Le projet de Scop apparaît, à ce stade, comme l’unique solution pour préserver les deux usines françaises de Brandt, situées près d’Orléans (Loiret) et à Vendôme (Loir-et-Cher), d’après plusieurs sources syndicales. Au-delà d’une simple reprise, il s’agit de transformer le modèle de gouvernance de l’entreprise.
Les sociétés coopératives et participatives associent en effet les salariés à la propriété et à la gestion de leur entreprise. Elles favorisent une implication collective plus forte et sont souvent citées comme un levier de pérennité. Selon la Confédération générale des Scop, 79 % d’entre elles sont toujours actives cinq ans après leur création, contre 61 % pour les entreprises classiques, d’après des données Insee 2024.
Dans le cas de Brandt, cette transformation serait aussi un symbole : celui d’un “savoir-faire français” que les pouvoirs publics affirment vouloir défendre.
État, région et métropole mettent la main à la poche
Face au risque de disparition pure et simple de la marque, le gouvernement et les élus locaux ont multiplié les prises de parole ces dernières 48 heures. Objectif : afficher un soutien politique et financier clair à la reprise par les salariés.
L’État a déjà annoncé un apport de 5 millions d’euros pour soutenir le projet. Le ministre de l’Industrie est même allé plus loin en appelant les consommateurs à soutenir la marque au moment crucial des fêtes : il a invité les Français à acheter des produits Brandt pour Noël, manière de redonner un peu d’oxygène commercial au groupe.
La mobilisation est également forte du côté des collectivités.
La métropole d’Orléans a promis un apport financier, tandis que la Région Centre-Val de Loire a confirmé mardi à l’AFP qu’elle “mettrait les moyens financiers”, évoquant notamment le portage des sites industriels. Le montant envisagé se situe entre 4,5 et 5 millions d’euros pour cette opération.
Au total, “On est déjà à peu près à 15 millions d’euros mobilisés”, a précisé Sébastien Martin mardi sur RMC, en additionnant les engagements de l’État, de la région et des collectivités.
Une équation financière complexe : 20 à 25 millions d’euros nécessaires
Malgré ces annonces, la tâche s’annonce particulièrement difficile. La production de Brandt est aujourd’hui quasiment à l’arrêt, et l’entreprise ne pourra plus payer les salaires après le 15 décembre, selon des sources concordantes.
Les besoins pour relancer l’activité sont estimés entre 20 et 25 millions d’euros. L’enjeu est donc de combler l’écart entre les fonds déjà mobilisés et le financement global nécessaire à la remise à flot de l’outil industriel, au redémarrage des lignes de production et au maintien des emplois.
Une question reste centrale : les banques accepteront-elles de suivre le mouvement ? Poussées par le ministre à “jouer le jeu”, elles sont désormais au cœur de l’équation. Leur réponse pèsera lourd dans la conviction du tribunal sur la viabilité du projet de Scop.
Un secteur du gros électroménager en crise
Au-delà du cas Brandt, c’est tout le secteur du gros électroménager qui traverse une période difficile. Propriété depuis 2014 du groupe algérien Cevital, Brandt réalise 260 millions d’euros de chiffre d’affaires, mais subit de plein fouet les turbulences d’un marché en repli.
Impactée par une crise immobilière persistante, la branche du gros électroménager a vu ses ventes reculer de 3,9 % l’an dernier, après avoir déjà diminué en 2023. L’achat de ces produits – en particulier les appareils de cuisine – est souvent directement lié aux déménagements et aux projets immobiliers, eux-mêmes en baisse.
Dans ce contexte morose, la relance de Brandt passe non seulement par un soutien financier et politique, mais aussi par une capacité à reconstruire une stratégie commerciale solide sur un marché en mutation.
Une décision à forte portée sociale et symbolique
Le verdict attendu ce mercredi 3 décembre dépasse le seul périmètre de Brandt. Il envoie un signal fort sur la façon dont la justice, l’État et le monde financier accompagnent – ou non – les projets de reprise par les salariés en France.
Entre la sauvegarde d’un fleuron industriel français, le maintien de centaines d’emplois en Centre-Val de Loire et la valorisation d’un modèle coopératif présenté comme plus résilient, la décision du tribunal de Nanterre aura une portée sociale, économique et symbolique majeure.
Pour les salariés, l’enjeu est clair : faire de Brandt un exemple de reprise en Scop réussie, plutôt qu’un nom de plus sur la liste des grandes marques industrielles disparues.
