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Vote du budget de la PLFSS le 9 décembre : le pari risqué de Sébastien Lecornu entre PS, écologistes et droite vent

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  • À la veille du vote décisif du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, mardi 9 décembre, Sébastien Lecornu avance sur un fil.
  • Le Premier ministre, qui se décrit lui-même comme « le plus faible de la Ve République », tente pourtant l’un des paris les plus risqués de l’histoire parlementaire récente.

   Entre envolée du déficit social, menace sur le pouvoir d’achat des Français et fracture au sein de la majorité, le vote du budget de la Sécurité sociale cristallise toutes les tensions. Entre socialistes courtisés, écologistes hésitants et une droite vent debout, Sébastien Lecornu cherche une majorité introuvable pour éviter un dérapage historique des comptes sociaux.

Un vote à haut risque pour le Premier ministre

Mardi 9 décembre, l’Assemblée nationale doit se prononcer sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Pour Sébastien Lecornu, l’enjeu est double : préserver la trajectoire financière de la Sécu et démontrer qu’il reste en capacité de gouverner, malgré un rapport de forces défavorable.

Le chef du gouvernement le sait : le moindre faux pas peut transformer ce vote en échec politique majeur. Alors que lui-même se présente comme « le plus faible de la Ve République », il tente pourtant d’arracher un accord sur l’un des textes les plus sensibles de l’année parlementaire.

Déficit de la Sécu : l’avertissement chiffré de David Amiel

Au sein de l’exécutif, la ligne est claire : alerter sur le risque financier en cas d’échec. Pour David Amiel, ministre de la Fonction publique, tout se résume à une question simple : « Est-ce qu’on veut augmenter le déficit de la Sécurité sociale ou bien le réduire ? »

Au micro de franceinfo, le ministre se veut pédagogique. Il rappelle que, selon la note du directeur de la Sécurité sociale rendue publique par Sébastien Lecornu, le déficit de la Sécu atteint déjà 23 milliards d’euros cette année. Et il prévient : « S’il n’y a pas de budget pour la Sécurité sociale, alors le déficit augmentera à 30 milliards d’euros ».

Sans vote du budget, insiste-t-il, « de très nombreuses mesures d’économie qui sont prévues dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale ne pourront pas entrer en vigueur ». Parmi ces mesures figurent notamment l’obligation vaccinale dans les Ehpad ou encore la maîtrise des prix des traitements, des leviers jugés essentiels pour contenir la hausse des dépenses de santé.

Mais l’alerte de David Amiel dépasse le seul cadre des comptes sociaux. Le ministre souligne l’effet boule de neige sur l’économie.« À chaque fois que le déficit public augmente, les taux d’intérêt augmentent », martèle-t-il.

Et les conséquences seraient immédiates pour les ménages comme pour les entreprises : « Quand les taux d’intérêt augmentent, ça veut dire qu’emprunter pour acheter un bien immobilier, pour faire un prêt à la consommation, pour une entreprise qui a besoin de faire rouler sa trésorerie, tout cela coûte évidemment plus cher ». Sans budget voté, dit-il, ce sont directement « les Français qui en paient le prix ».

Un rapprochement stratégique avec le Parti socialiste

Confronté aux réticences d’une partie de sa propre majorité, Sébastien Lecornu a choisi de miser sur un partenaire jugé plus fiable : le Parti socialiste. Un choix assumé, même si l’addition des concessions consenties s’annonce très lourde.

Invité de BFMTV, le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a clairement affiché sa position : « Aujourd’hui, c’est une copie qui est passable et donc c’est la raison pour laquelle demain, devant mon groupe, je plaiderai le fait que nous votions pour », a-t-il déclaré.

Il met en avant la fiabilité des engagements pris par Matignon. « Le Premier ministre s’est engagé (sur la suspension de la réforme des retraites), il s’est montré fiable dans toute la discussion. Je souhaite que nous puissions à notre tour être fiables et faire en sorte que ce budget soit adopté », ajoute-t-il.

Ce soutien socialiste, crucial pour espérer faire passer le texte, a cependant un prix politique élevé : l’engagement sur la suspension de la réforme des retraites, dénoncé par une partie de la droite comme une capitulation.

Ondam en hausse et pari sur les écologistes

Au cœur des discussions avec la gauche figure aussi l’Ondam, l’objectif national de dépenses d’assurance maladie. Pour tenter de convaincre les partenaires de gauche, le gouvernement envisage un geste budgétaire. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, pourrait ainsi déposer un amendement prévoyant une augmentation de 3 % des dépenses de l’assurance maladie, contre 2 % jusqu’ici.

Olivier Faure appelle les écologistes à considérer ce compromis comme une avancée : « Ils prendront leur décision en toute souveraineté, et j’espère que ce geste du gouvernement les amènera à faire le bon choix », explique-t-il, en référence à ce possible amendement gouvernemental.

Et de rappeler que le compromis suppose des efforts partagés. « Quand il y a des pas qui sont faits, il faut aussi qu’on en fasse nous-même », estime le Premier secrétaire du PS.

Reste une inconnue majeure : la position finale des écologistes. Leur abstention est nécessaire pour que le budget de la Sécu ait une chance de passer. Or, le groupe a voté contre le volet « recettes » vendredi, dénonçant un budget jugé « décliniste ».

Horizons et la droite vent debout contre l’accord

Si le rapprochement avec le Parti socialiste donne de l’oxygène au gouvernement, il crispe en revanche une partie de la droite et des alliés centristes. Le groupe Horizons, fondé par Édouard Philippe et fort de 34 députés, persiste à refuser d’approuver le budget de la Sécu.

L’ancien Premier ministre et député LR Michel Barnier résume cette défiance. Sans condamner la volonté de compromis, il reste très critique sur le contenu : « Je ne veux pas blâmer le gouvernement d’avoir cherché » un compromis, « j’ai été dans cette situation », concède-t-il.

« Je pense quand même que cet accord n’est pas un bon accord et qu’il fait la part belle, avec le projet de loi de finances, à trop d’impôts », ajoute -t-il.

Michel Barnier estime également que le chef du gouvernement a trop misé sur le PS. Le Premier ministre « a porté plus d’attentions au Parti socialiste qu’à d’autres formations qui le soutiennent », regrette-t-il, en référence au fait qu’Horizons ne veuille pas, « en l’état », voter le budget.

Sur sa propre attitude, l’ancien Premier ministre choisit une ligne médiane : « Je vais m’abstenir, comme un grand nombre de parlementaires, à la fois pour ne pas blâmer le Premier ministre qui a cherché avec ténacité un accord, mais qui de mon point de vue a trop participé à une forme de chantage de la part du Parti socialiste », explique-t-il sur TF1.

Et d’alerter sur ce qu’il considère comme un renoncement lourd de conséquences pour l’avenir.  « On ne peut pas sacrifier les générations futures, demain, après-demain, au chantage du Parti socialiste », insiste-t-il, en faisant à nouveau référence à la réforme des retraites.

Dans le même temps, le patron de la droite sénatoriale, Bruno Retailleau, a de nouveau appelé les 49 députés LR à s’opposer au budget de la Sécurité sociale, confirmant que la droite parlementaire n’entend pas offrir de soutien à Sébastien Lecornu.

Un équilibre politique précaire

À la veille du scrutin, le sort du budget de la Sécurité sociale reste suspendu aux choix de quelques groupes charnières : socialistes, écologistes, centristes réticents. En misant sur un accord à gauche, Sébastien Lecornu prend le risque de creuser un fossé avec une partie de la droite et de ses propres soutiens, notamment Horizons.

Entre réduction du déficit, maîtrise des dépenses de santé, suspension de la réforme des retraites et fractures politiques, le vote du mardi 9 décembre s’annonce comme un test décisif. Pour les comptes de la Sécurité sociale, mais aussi pour l’autorité d’un Premier ministre qui, en se disant lui-même « le plus faible de la Ve République », sait que chaque vote peut désormais faire vaciller son équilibre.

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