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Budget de la Sécu : entre abstentions et oppositions, le gouvernement joue sa survie politique

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  • L’Assemblée nationale se prononce ce mardi 9 décembre sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, au terme de semaines de débats tendus.
  • Entre abstentions stratégiques, oppositions frontales et majorité fracturée, l’exécutif joue un scrutin décisif pour l’avenir du système social français.

   Après l’adoption in extremis vendredi de la partie « recettes », les députés doivent d’abord se prononcer ce mardi sur la partie « dépenses » du budget de la Sécurité sociale, avant un vote solennel sur l’ensemble du texte en fin de journée.

Le PLFSS 2026 comprend notamment la suspension de la réforme des retraites, mais aborde aussi des sujets sensibles : financement de l’Assurance maladie, gestion des arrêts de travail, évolution de la CSG. Certaines mesures particulièrement contestées ont été retirées, comme le doublement des franchises médicales ou l’année blanche sur les prestations sociales.

Dans un contexte d’hémicycle fragmenté, l’exécutif redouble de pression sur les groupes charnières. Jusqu’à la dernière minute, Sébastien Lecornu tente de rallier des voix supplémentaires. « On fait tout pour y arriver », analyse Violette Spillebout, députée Ensemble pour la République. « Le gouvernement Lecornu le montre avec ces discussions qui n’en finissent plus pour trouver des arguments » capables de « convaincre quelques députés de plus », ajoute-t-elle.

Selon elle, l’issue se jouera au couteau : « Ça va se jouer à quelques voix à la fois chez les indépendants, la droite républicaine et Horizons », estime la députée sur BFMTV.

Horizons, LR et écologistes : le temps des abstentions calculées

Au sein de la majorité élargie, Horizons occupe une position centrale. Son fondateur, Édouard Philippe, a pris soin de ne pas appeler à faire tomber le gouvernement, tout en refusant un soutien plein et entier au texte.

L’ancien Premier ministre recommande aux 34 députés Horizons de s’abstenir face à un « texte pas complètement satisfaisant ». Sur LCI, il précise : « Je ne propose pas de voter contre, je n’ai jamais voulu que le gouvernement de Sébastien Lecornu tombe. On ne fera pas voter les députés Horizons pour un texte s’ils considèrent qu’il n’est pas dans l’intérêt des Français, même si c’est un texte de compromis. »

Même stratégie prudente chez Les Républicains. Laurent Wauquiez a plaidé en réunion de groupe pour une abstention des députés LR sur le budget de la Sécurité sociale.

« On ne doit pas être un facteur de blocage, vu les avancées obtenues. J’incline assez fortement en direction de l’abstention. Je comprends qu’il y ait une diversité de positions, de votes, mais il faut qu’il y ait une tendance majoritaire sur l’abstention », a-t-il affirmé.

Les écologistes, qui avaient voté contre le volet « recettes » il y a quelques jours, envisagent eux aussi de ne pas s’opposer frontalement au texte. Cyrielle Chatelain, cheffe des députés écologistes, a indiqué ce matin sur RMC que son groupe pourrait s’abstenir lors du vote sur le PLFSS, en raison d’un geste budgétaire sur l’Assurance maladie.

Le gouvernement prévoit en effet de déposer un amendement visant à augmenter l’Ondam (objectif national de dépenses d’Assurance maladie) de 2 % à 3 %. « Bien évidemment ça nous fait réfléchir, et aujourd’hui l’abstention est une possibilité », assure ainsi Cyrielle Chatelain.

RN et LFI : une opposition frontale au budget de la Sécu

À l’opposé, les deux principaux groupes d’opposition radicale, le Rassemblement national et La France insoumise, ont déjà acté une opposition ferme au budget de la Sécurité sociale 2026.

À la suite d’une réunion de groupe autour de Marine Le Pen, le RN a confirmé sa ligne : les députés voteront contre la partie “dépenses” et contre l’ensemble du texte. Du côté des Insoumis, la position est tout aussi tranchée. Le groupe « dans son intégralité » votera contre le PLFSS, annonce Mathilde Panot lors d’un point presse à l’Assemblée nationale.

Le texte « contient encore de nombreuses horreurs », dénonce la députée insoumise, citant notamment « la limitation de la durée des arrêts maladies » ou encore « l’augmentation des prix des complémentaires santé ».

« Aucun député qui se dit de gauche ne peut accepter cela », lance-t-elle.

Stéphanie Rist : « le trou de la Sécu diminue »

 Face à ces critiques, le gouvernement met en avant la réduction du déficit et le renforcement des moyens pour la santé.

« Avec ce texte, le déficit diminue, le trou de la Sécu diminue », répond Stéphanie Rist, ministre de la Santé, mardi 9 décembre sur franceinfo. La ministre défend un texte qui est « le fruit d’un compromis » dans un hémicycle profondément fracturé.

Elle insiste sur les enjeux financiers : « Sans texte voté aujourd’hui, le déficit de la Sécurité sociale est, au minimum, à 29 ou 30 milliards », alors qu’« avec le texte que nous avons, le déficit sera ramené à 19,6 milliards d’euros », affirme-t-elle.

La ministre rappelle également que ce PLFSS prévoit une augmentation de 3 % de l’Ondam.

« 3%, ça correspond à 4 milliards d’euros supplémentaires pour les dépenses d’assurance maladie, pour l’accès aux soins, pour les hôpitaux », défend Stéphanie Rist.

À l’adresse des députés tentés par l’abstention, elle avertit : « Les malades, les hôpitaux ne vont pas attendre 2027 » et l’élection présidentielle. « Nous devons, aujourd’hui, améliorer l’accès aux soins, prendre des mesures, des réformes », insiste-t-elle.

Jean-Pierre Farandou met en garde contre le risque de crise

En parallèle, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, appelle à un sursaut collectif. Invité de France Inter, il ne cache pas sa lassitude face à des débats interminables : « Il me tarde que ça se termine », confie-t-il, tout en appelant à une « mobilisation générale » pour voter le PLFSS 2026.

« Ce budget n’est pas parfait, bien évidemment », reconnaît le ministre, qui rappelle que le texte est le fruit de compromis. Mais, selon lui, « il y a des bonnes choses pour les Français ». Il insiste sur la nécessité de retrouver de la visibilité politique.

« Ça va faire trois mois qu’on y est, si on doit recommencer l’année prochaine, janvier, février, ça fera cinq mois. C’est presque une demi-année qu’on va consacrer au budget. Ce n’est pas possible, on a autre chose à faire à côté », ajoute-t-il, disant vouloir porter des textes sur l’emploi des jeunes et des seniors.

Le ministre du Travail alerte de nouveau sur les conséquences politiques, économiques et sociales d’un possible rejet. Il assure que « s’il n’y a pas le vote, le déficit glisse à 30 milliards » l’année prochaine. « Je crains qu’on glisse sur une mauvaise pente », alerte Jean-Pierre Farandou.

« Le fait que le budget ne soit pas voté peut créer les conditions d’une tension politique », avance-t-il encore.

« C’est un point qu’on donne à ceux qui veulent la crise. Moi, cet après-midi, je ne veux pas qu’on donne ce point-là à ceux qui veulent la crise. Il faut au contraire que ceux qui veulent de la stabilité et éviter toute crise se réunissent et poussent ensemble cet après-midi », explique t-il.

Un vote à quelques voix près, décisif pour la stabilité politique

Entre abstentions tactiques d’Horizons, de LR et peut-être des écologistes, opposition frontale du RN et de LFI, et défense acharnée du gouvernement, le vote du PLFSS 2026 s’annonce extrêmement serré.

Le scrutin de ce mardi 9 décembre pourrait ainsi marquer un tournant : soit l’adoption d’un budget social jugé imparfait mais indispensable par le gouvernement, soit un nouveau séisme politique autour de la Sécurité sociale.

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