- La liquidation judiciaire de Brandt continue de provoquer une onde de choc dans le paysage industriel français.
- Au lendemain de la décision du tribunal de Nanterre, le ministre chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, défend bec et ongles l’idée que le groupe d’électroménager pouvait encore être sauvé.
Fleuron centenaire de l’électroménager, le groupe Brandt vient d’être placé en liquidation judiciaire, laissant quelque 700 salariés dans l’incertitude, dont 350 sur le site industriel d’Orléans. Invité sur LCI, le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, assure que Brandt « était sauvable » et promet de « rebâtir un projet » avec les acteurs locaux, tout en saluant l’engagement des salariés et des élus. Entre incompréhension face à la décision de justice et volonté d’un nouveau départ industriel, l’État tente de garder la main sur le dossier.
Un fleuron centenaire liquidé par la justice
Jeudi, le tribunal des activités économiques de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de Brandt, groupe centenaire de l’électroménager, connu pour ses appareils présents dans des millions de foyers français. L’entreprise employait environ 700 personnes, dont 350 sur son principal site industriel, situé près d’Orléans.
La justice a rejeté un projet de reprise sous forme de Scop (société coopérative et participative), soutenu par le groupe Revive, qui devait permettre de sauver au moins 370 emplois.
Cette décision laisse un goût amer au gouvernement, qui assure avoir tout tenté pour éviter ce scénario. Brandt, symbole d’un savoir-faire industriel français dans l’électroménager, devient ainsi l’un des dossiers industriels les plus sensibles de cette fin d’année.
« Si Brandt n’était pas sauvable, je ne me serais pas battu »
Invité sur LCI ce vendredi 12 décembre, Sébastien Martin, ministre chargé de l’Industrie, n’a pas masqué sa déception. Il évoque son « incompréhension » face à la décision du tribunal, rappelant la mobilisation express autour du dossier. « On s’est tous battus extrêmement fortement« , a-t-il indiqué.
Le ministre tient à « saluer l’engagement des salariés et du président de la région et du maire d’Orléans pour que seulement en dix jours, seulement en dix jours, on arrive à remonter un projet, à aller chercher 30 millions d’euros« .
Pour lui, le tribunal aurait dû laisser sa chance au plan présenté : »Ça m’interroge. (…) Quand vous reprenez une entreprise qui est en difficulté, forcément il faut faire confiance. Forcément il faut se dire que le plan d’affaires qui est proposé doit se consolider avec le temps. »
Sébastien Martin ne laisse planer aucun doute sur sa conviction : Brandt pouvait encore être sauvé.
« Si Brandt n’était pas sauvable, je ne me serais pas battu comme on s’est battus en y allant au dernier moment à Orléans, en me rendant sur place, en rencontrant tout le monde, en essayant de convaincre les banques« , insiste-t-il.
« Oui, elle était sauvable. », insiste le ministre. Pour autant, le ministre écarte toute idée de réaction judiciaire hâtive après la décision du tribunal de Nanterre.
« Maintenant, ce que je souhaite, c’est qu’on n’agisse pas à nouveau dans la précipitation. Il y en a qui me disent qu’il faut que j’appelle le procureur pour qu’il fasse appel. Je rappelle juste que dans notre constitution, il y a quand même une forme de séparation des pouvoirs. Donc, il faut qu’on prenne le temps. »
Un « nouveau projet » industriel à construire d’ici la fin de l’année
Malgré la liquidation, le dossier Brandt n’est pas clos pour le gouvernement. Le ministre donne même un horizon : « D’ici la fin de l’année, on va se revoir avec les acteurs locaux pour essayer de rebâtir un projet. »
Ce projet pourrait être différent de celui porté récemment, mais avec la même exigence de solidité :
« Un autre projet peut-être, un projet sérieux tout aussi sérieux que celui-ci avec plus d’investisseurs privés sans doute aussi« , précise-t-il.
Sébastien Martin assure qu’il ne tournera pas la page Brandt : »Je ne laisse pas tomber le sujet Brandt. Je ne laisse pas tomber le fait que nous puissions avoir sur le territoire français, comme c’est le cas dans d’autres pays européens, des acteurs de l’électroménager comme ça. »
Plan social : accompagner les salariés et miser sur le bassin d’Orléans
Dans l’immédiat, la priorité est sociale. Le ministre annonce l’ouverture rapide des discussions sur le futur plan social : « Dans l’immédiat, il va y avoir d’abord la discussion sur le plan social (…) On accompagnera les salariés pour faire en sorte que ce plan social soit bien construit. »
Sébastien Martin veut aussi s’appuyer sur la dynamique économique locale pour favoriser le reclassement : »Il y a sur le bassin économique d’Orléans, et notamment avec les acteurs locaux, des entreprises qui sont dynamiques, qui recrutent. Je pense que beaucoup de salariés de Brandt peuvent aussi avoir un avenir très proche dans des entreprises qui sont présentes sur le bassin. »
Un site industriel et des savoir-faire à ne pas laisser disparaître
Au-delà du choc de la liquidation, le gouvernement veut croire en une reconversion industrielle du site d’Orléans. »Dans un troisième temps en parallèle, on va retravailler sur un projet« , assure le ministre. Celui-ci rappelle les atouts stratégiques du lieu : « Il y a un site industriel qui est présent, il y a des savoir-faire qui sont présents, et donc la capacité d’imaginer un nouveau projet industriel sur ce site. »
Reste désormais à transformer cette volonté politique en projet crédible, à même de convaincre de nouveaux investisseurs et, cette fois, la justice commerciale. Pour les salariés de Brandt, l’urgence reste de savoir ce que sera leur avenir, entre plan social, reclassements locaux et hypothétique renaissance industrielle du site.
