- Deux jours de blocages, une colère qui ne retombe pas et un gouvernement qui campe sur sa ligne.
- Face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), l’exécutif assume une stratégie d’abattage massif des troupeaux, quand les syndicats agricoles réclament la vaccination.
Malgré la mobilisation d’agriculteurs en colère dans le Sud-Ouest et ailleurs en France, le ministère de l’Agriculture maintient l’abattage des troupeaux contaminés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, affirme que c’est « la seule solution » pour « sauver toute la filière » bovine, tandis que la Confédération paysanne, la Coordination rurale et une partie du monde politique appellent à des alternatives fondées sur une « vaccination généralisée » et une véritable concertation.
Des routes bloquées et une colère qui monte dans le Sud-Ouest
Depuis vendredi, les actions coup de poing d’agriculteurs se multiplient dans le Sud-Ouest. Des éleveurs opposés à l’abattage des troupeaux touchés par la dermatose bovine ont bloqué plusieurs axes routiers, dont l’autoroute Toulouse-Bayonne. Après une première soirée de blocages, ils étaient encore mobilisés samedi 13 décembre au matin sur plusieurs axes du Sud-Ouest, à l’appel de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale.
Dans la nuit de vendredi à samedi, les blocages se sont poursuivis et « devraient se poursuivre et s’étendre ce samedi », préviennent les organisations syndicales. Les agriculteurs appellent également à manifester ce samedi après-midi devant la permanence de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard à Pontarlier (Doubs), pour dénoncer une politique sanitaire jugée brutale et déconnectée du terrain.
L’État assume une stratégie d’abattage pour « sauver toute la filière »
Malgré l’ampleur de la contestation, le ministère de l’Agriculture « persiste et signe ». Pour enrayer la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse dans les élevages bovins, l’exécutif défend une ligne claire : l’abattage des animaux contaminés.
L’abattage est « la seule solution » pour « sauver toute la filière » bovine, a encore insisté ce vendredi la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, en assurant que « le protocole actuel fonctionne ».
Interrogée sur France 2, la ministre a justifié cette stratégie par l’ampleur du risque sanitaire : « Il faut éradiquer cette maladie, sans quoi elle peut causer la mort de 10% du cheptel français », a-t-elle affirmé. La ministre a promis que l’État ne laisserait « aucun éleveur seul, face à la maladie », tout en déplorant « les images violentes que l’on voit » lors des manifestations, notamment en Ariège, où l’abattage de vaches dans un élevage touché par un cas de DNC a suscité de vives réactions.
Vaccination élargie ou abattage total : le monde syndical se fracture
Sur le terrain, les syndicats agricoles se divisent sur la réponse à apporter à la crise. La Confédération paysanne réclame « une vaccination élargie des troupeaux », tandis que la Coordination rurale demande une « vaccination généralisée ». Les deux organisations rejettent la logique d’abattage systématique, jugée disproportionnée et destructrice pour les exploitations.
« Les campagnes commencent à être en feu », alerte sur franceinfo Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne. Il dénonce la politique sanitaire mise en place par le gouvernement pour lutter contre la DNC et rappelle que son syndicat a appelé aujourd’hui « à des blocages partout en France » pour s’y opposer.
Face à eux, le syndicat majoritaire FNSEA se montre beaucoup plus prudent sur la vaccination à grande échelle. Il craint qu’une vaccination généralisée ne mette pendant de longs mois « la France sous cloche », la privant de son statut européen de pays «indemne » et donc de ses capacités d’export.
Pour la FNSEA et l’organisation Jeunes Agriculteurs, « l’abattage total est la meilleure solution. C’est un crève-coeur, mais c’est ce que nous disent les scientifiques ».
Le gouvernement mise sur une vaccination ciblée
En parallèle des abattages, le gouvernement a décidé d’étendre les zones de vaccination obligatoire, justifiant cette mesure par « la dégradation soudaine de la situation sanitaire ».
« Nous allons, dans les semaines qui viennent, vacciner près d’un million d’animaux et donc, protéger les éleveurs », a annoncé Annie Genevard, samedi 13 décembre sur ICI Occitanie, alors que la mobilisation des agriculteurs s’intensifie « un peu partout en France, notamment dans le Sud-Ouest ».
La ministre a toutefois précisé qu’elle n’irait « pas sur les points de blocage » en région Occitanie, tout en affirmant qu’elle « suit les choses avec attention ».
« Absence de vision agricole » : un malaise plus large
Pour une partie du monde agricole, la DNC agit comme un révélateur d’un malaise plus profond.
« Ce qui déclenche la crise, c’est le sujet sanitaire, mais c’est plus largement l’absence de vision agricole », estime Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, sur BFMTV.
Le responsable syndical replace la crise dans un contexte européen. « On a appelé à manifester la semaine prochaine à Bruxelles, parce que beaucoup de nos maux sont d’abord des maux européens », souligne-t-il, rappelant aussi que « On dit depuis des mois, des années, que l’agriculture se paupérise ».
Entre pressions économiques, exigences sanitaires et incertitudes sur l’avenir de la filière, les agriculteurs dénoncent une accumulation de contraintes et un manque de lisibilité des politiques publiques.
L’opposition réclame une concertation « urgente »
Sur le terrain politique, la crise suscite de vives réactions. La cheffe de file du Rassemblement national a insisté, vendredi 12 décembre, sur le besoin « urgent » d’ouvrir le dialogue avec les agriculteurs pour explorer d’autres options que l’abattage systématique.
« Je veux croire qu’il existe une solution qui puisse être réfléchie et décidée avec l’ensemble des représentants des agriculteurs, des responsables sanitaires et des membres du gouvernement », a déclaré la députée du Pas-de-Calais lors d’un déplacement pour l’inauguration du marché de Noël d’Hénin-Beaumont
