- Placée en redressement judiciaire début octobre, la marque de prêt-à-porter IKKS vient d’être fixée sur son sort.
- Le tribunal des activités économiques de Paris a validé, vendredi 12 décembre, l’offre de reprise menée par Santiago Cucci et Michaël Benabou, cofondateur de Veepee (ex-Vente-privée).
La liquidation est évitée pour IKKS, marque fondée en 1987 et emblème du prêt-à-porter premium français. Mais cette reprise a un prix : environ la moitié des emplois en France disparaissent et le réseau de magasins est drastiquement réduit, dans un secteur laminé par la « concurrence asiatique » et la montée en puissance des plateformes en ligne.
Une offre de reprise qui sauve la moitié des effectifs
L’offre retenue par le tribunal prévoit le maintien d’environ 550 emplois directs sur les 1 094 que compte IKKS en France, ainsi que de 119 points de vente. Le reste des postes sera supprimé, avec un plan social à la clé.
Plusieurs projets de reprise étaient sur la table. Une dizaine d’offres de reprise, certaines très partielles, avaient initialement été déposées dans ce dossier , symbole parmi d’autres de la crise du secteur de l’habillement en France, plombé par la concurrence de la seconde main et de la mode ultra-éphémère.
Finalement, l’offre portée par Santiago Cucci, actuel président de la holding HoldIKKS, et Michaël Benabou, cofondateur de Veepee, a été jugée la plus solide et la plus à même de pérenniser l’activité, même au prix d’une restructuration profonde du groupe et de son réseau.
Un choc social assumé mais jugé inévitable par les acteurs du dossier
Du côté des représentants du personnel, le constat reste amer. « Même avec les meilleures offres, on ne récupérera pas l’ensemble des emplois, on est plutôt à 50% de la reprise des effectifs », déplorait fin novembre une source syndicale, selon laquelle d’autres propositions sont « franchement infamantes » pour les salariés.
L’entreprise, fondée en 1987 et dont le siège social est situé dans le Maine-et-Loire, employait fin août 1 287 salariés dans le monde, dont 1 094 en France, et disposait de 473 points de vente dans l’Hexagone et dans 11 autres pays. Malgré un plan de relance, IKKS a été placée en redressement judiciaire début octobre, prise en étau entre baisse du pouvoir d’achat, concurrence de la seconde main et accélération de la fast fashion.
L’offre validée permet, selon les chiffres communiqués ce vendredi, le maintien de 546 emplois, sur les 1 094 en France et, de 119 points de vente. Un rétrécissement majeur, mais qui écarte l’hypothèse d’une liquidation pure et simple.
Santiago Cucci, un spécialiste de la mode et du marketing sportif
Le principal repreneur, Santiago Cucci, est un profil bien connu de l’industrie de la mode. Le repreneur Santiago Cucci est un expert du monde de la mode. Il a eu un parcours international dans des grandes marques mondiales (comme Quiksilver, Tommy Hilfiger, et Dockers, où il a été notamment président).
Il a surtout effectué sa carrière chez Levi’s, où il a occupé plusieurs fonctions de direction au sein du groupe : il a d’abord été vice-président pour l’Europe du Sud, supervisant les opérations de Levi’s et Dockers dans plusieurs pays européens, puis il a été vice-président et directeur marketing aux États-Unis, où il était responsable du marché américain pour Levi’s et d’autres marques du groupe.
Santiago Cucci est également connu dans le monde du marketing sportif. En 2023, il a été nommé président exécutif par intérim de l’Olympique Lyonnais (OL), succédant à Jean-Michel Aulas pour piloter la gestion quotidienne du club au sein du groupe OL Groupe et de la structure Eagle Football dirigée par le propriétaire John Textor.
C’est cette combinaison d’expertise mode, de pilotage de marques mondiales et d’expérience de restructuration qui doit désormais être mise au service de la relance d’IKKS.
« Une véritable expertise », mais une « concurrence asiatique » jugée destructrice
Dans la filière, la reprise suscite un mélange d’espoir et de vigilance. « Les repreneurs du groupe de prêt-à-porter IKKS ont une véritable expertise et vont faire de leur mieux », réagit ce vendredi 12 décembre sur franceinfo Yann Rivoallan, président de la Fédération du prêt-à-porter féminin, après la validation de l’offre de Santiago Cucci et Michaël Benabou.
Mais ce dernier met en garde contre un environnement de marché devenu extrêmement hostile pour les marques françaises. Il pointe la « concurrence asiatique ».
« La concurrence de ces plateformes est en train de détruire les marques les unes après les autres » et il faut les « stopper au plus vite », insiste-t-il.
Pour Yann Rivoallan, l’avenir passe par une montée en gamme et par une transformation profonde de l’offre produit.
« Le but c’est d’avoir des marques plus premium, avec des produits de meilleure qualité qu’on va pouvoir réparer », explique le président de la fédération du prêt-à-porter féminin.
Vers une mode plus durable, portée par la technologie
Au-delà du seul cas IKKS, la reprise interroge sur le modèle économique du prêt-à-porter français. Yann Rivoallan plaide pour une mode plus durable, conçue pour durer, se réparer et circuler sur le marché de la seconde main.
« Quand on peut réparer son produit et quand on peut le revendre, on lui donne beaucoup plus de valeur dans le temps », déclare-t-il. Cette logique de durabilité, ajoute-t-il, « donne plus de pouvoir d’achat aux Français », car « quand on achète moins, on économise nécessairement sur son portefeuille ».
Selon lui, l’innovation technologique aura un rôle déterminant dans cette évolution. Selon lui, « il faut aller dans l’intelligence artificielle » pour « beaucoup plus d’innovations » et « pour pouvoir proposer plus de services aux clients, mais aussi pour pouvoir proposer un produit plus durable », conclut-il.
Pour IKKS, l’enjeu sera désormais de transformer cette vision en stratégie concrète, afin de redevenir une marque de référence du prêt-à-porter premium tout en s’adaptant à un marché bouleversé.
