- À partir de 2026, commander des produits à bas prix sur des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress coûtera davantage aux consommateurs européens.
- Entre la nouvelle taxe européenne et les frais de gestion envisagés par la France, le surcoût pourrait atteindre jusqu’à 8 euros par colis.
Les ministres de l’Économie de l’Union européenne ont en effet validé l’instauration d’une taxe de 3 euros sur les petits colis importés, une mesure qui pourra se cumuler avec la taxe française de 2 à 5 euros actuellement en discussion. Paris, qui pousse depuis des mois une réponse coordonnée face au déferlement de produits chinois à bas coût, salue une « immense victoire ».
Une taxe européenne de 3 € par article dès juillet 2026
Réunis à Bruxelles vendredi 12 décembre lors du Conseil des affaires économiques et financières (ECOFIN), les ministres des Vingt-Sept ont acté la mise en place d’une taxe de 3 euros par catégorie d’article pour tous les petits colis importés au sein de l’Union européenne à partir du 1ᵉʳ juillet 2026.
Cette décision cible en priorité les millions de paquets arrivant quotidiennement de Chine, vendus à prix cassés via les grandes plateformes de commerce en ligne. Jusqu’ici, les envois d’une valeur inférieure à 150 euros bénéficiaient d’une exonération de droits de douane, ouvrant la voie à une concurrence largement déséquilibrée.
Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, s’est félicité de cette avancée, saluant une « immense victoire, d’avancée majeure ».
« C’est une victoire pour nos concitoyens et l’économie européenne. Les petits colis étaient exemptés de franche jusqu’à présent en dessous de 150 euros, nous avions une invasion de ces petits colis. Il fallait agir vite », rappelle-t-il.
Ces flux massifs, ajoute-t-il, compliquent grandement les contrôles : les petits colis « sont extrêmement difficiles à contrôler car ils sont très nombreux. Sur 4 milliards de colis, la moitié de leur valeur est en dessous de trois euros ».
Le gouvernement souligne également qu’« des droits de douane seront perçus au point d’entrée de l’Union européenne (UE) », renforçant le filtrage à l’arrivée sur le territoire européen.
Une taxe française de 2 à 5 € dès 2026, en complément de la taxe européenne
En parallèle, la France prépare ses propres frais de gestion dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, actuellement examiné au Sénat. Ces frais, compris entre 2 et 5 euros, viseraient les colis de moins de 150 euros expédiés par des entreprises situées hors de l’UE — principalement Shein, Temu ou AliExpress.
L’objectif est d’endiguer le flot de produits low cost qui fragilise commerçants et fabricants européens.
Le Sénat a d’ailleurs relevé le montant initialement prévu, passant de 2 à 5 euros, contre l’avis du gouvernement. Comme la taxe européenne, ces frais seraient appliqués par catégorie d’article, et non article par article.
S’ils sont adoptés, ils entreront en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026, soit six mois avant la mise en place de la taxe européenne. Selon Bercy, les deux taxes pourraient se cumuler, portant la facture finale entre 5 et 8 euros par envoi.
Un marché sous pression et une concurrence jugée déloyale
L’afflux de colis importés sans aucun droit de douane est de plus en plus dénoncé par les producteurs et commerçants européens, qui y voient une concurrence déloyale. La France, en première ligne, est aussi engagée dans un bras de fer avec Shein, mis en cause après la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes de catégorie A.
Face à la montée en puissance du e-commerce low cost, Paris et Bruxelles veulent reprendre la main.
Une réforme globale de l’Union douanière est prévue pour 2028, avec la création d’un centre douanier européen chargé d’appliquer les taxes sur l’ensemble des produits importés depuis les pays tiers.
L’ambition est de mieux contrôler les flux, restaurer une concurrence plus équitable et limiter les distorsions provoquées par les plateformes asiatiques dont le succès repose sur des prix très bas et des règles jusqu’ici particulièrement avantageuses.
