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Colère des agriculteurs : Lecornu promet une « phase plus ferme » face à l’UE, la mobilisation monte

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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu reçoit les syndicats agricoles lundi et mardi à Matignon, sur fond de crise sanitaire bovine et de contestation des accords commerciaux.
  • Malgré une « lettre ouverte » publiée dimanche, la mobilisation s’organise déjà sur le terrain, avec des blocages signalés et des convois de tracteurs en route vers la capitale.

   Dans un courrier aux agriculteurs, Sébastien Lecornu reconnaît un sentiment d’« injustice profonde » et promet des contrôles « massivement renforcés » ainsi qu’une ligne « plus ferme, plus offensive » face à Bruxelles, à l’approche d’une possible signature de l’accord UE-Mercosur le 12 janvier. Mais la FNSEA juge les annonces insuffisantes et la Coordination rurale annonce une montée « pacifique » sur Paris, avec un grand rassemblement prévu le 8 janvier.

Une « lettre ouverte » pour désamorcer la colère agricole

Dimanche, le Premier ministre Sébastien Lecornu a choisi la formule de la « lettre ouverte » pour s’adresser directement aux agriculteurs, alors qu’il doit recevoir les syndicats agricoles lundi et mardi. Dans ce texte diffusé sur ses réseaux sociaux et dans plusieurs quotidiens, il assure comprendre la colère qui traverse la profession.

 « Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession : celui d’une injustice profonde, celui d’une iniquité structurelle, celui d’un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens », écrit-il.

Le chef du gouvernement affirme que les « règles ont commencé à être simplifiées », tout en promettant une accélération.

 « Phase plus ferme » face à l’Union européenne et bras de fer sur l’UE-Mercosur

 Au cœur des revendications : le sentiment d’une concurrence jugée déloyale et la crainte d’un afflux de produits ne respectant pas les mêmes exigences. Sébastien Lecornu annonce vouloir entrer dans une « phase plus ferme, plus offensive », notamment vis-à-vis de l’Union européenne.

Il assure que les accords commerciaux « seront combattus à chaque fois qu’ils seront déséquilibrés », alors que le traité de libre-échange UE-Mercosur, dont la signature a été repoussée, « pourrait être signé le 12 janvier ». Le Premier ministre appelle à« mettre fin aux deux poids deux mesures » et exhorte l’Union à « amplifier rapidement » ses contrôles aux frontières pour les produits qui « ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires » des Vingt-Sept.

Dans sa lettre, Sébastien Lecornu promet également des contrôles « massivement renforcés, aux frontières et sur le territoire. Une annonce qui, dans les faits, dépendra toutefois d’un feu vert européen : cette mesure devra recevoir l’accord de la Commission européenne, qu’Annie Genevard dit espérer obtenir mercredi à Bruxelles.

PAC, revenus agricoles et eau : des garanties affichées

Sur le front du pouvoir d’achat agricole, l’exécutif tente aussi de rassurer sur les aides européennes. Sébastien Lecornu assure que« le budget » de la politique agricole commune (PAC) « ne baissera pas, ni aujourd’hui, ni demain », en promettant qu’« il n’y aura donc pas un centime de moins pour le revenu agricole ».

Autre thème explosif : l’accès à l’eau. Le Premier ministre indique avoir « donné instruction aux préfets de recenser tous les projets locaux, à taille humaine, aujourd’hui bloqués ou ralentis », pour tenter de débloquer des situations locales dénoncées de longue date.

FNSEA : « aucune de ces annonces » ne répond aux revenus

 Malgré ces engagements, la principale organisation agricole estime que le compte n’y est pas. Pour la FNSEA, aucune de ces annonces « ne permet d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs ». Le syndicat réclame « une loi d’exception agricole » notamment pour « mettre fin aux contrôles absurdes », et a appelé dimanche soir « à une mobilisation nationale », sans attendre son entrevue à Matignon mardi après-midi, où ses représentants exigeront « des réponses immédiates ».

Coordination rurale : des convois « pacifiques » vers Paris, rassemblement le 8 janvier

Le deuxième syndicat, la Coordination rurale (CR), dit attendre l’issue du rendez-vous avec Sébastien Lecornu, prévu lundi à 18 heures. Mais la pression monte déjà. Lundi 5 janvier sur franceinfo, Bertrand Venteau, président de la CR, confirme l’organisation de convois en direction de Paris, dans un contexte marqué par deux dossiers majeurs : l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) touchant les bovins et la menace d’une concurrence accrue des pays du Mercosur.

 « Le but n’est pas d’empêcher dans un premier temps les gens d’aller travailler », assure-t-il, en défendant une stratégie graduée. « Il y a des convois pacifiques qui s’organisent pour monter sur la capitale », poursuit Bertrand Venteau. Selon lui, des tracteurs ont déjà franchi la Loire lundi matin, mais « le gros des troupes » partira mardi.

 « S’ils ne sont pas bloqués pour monter à Paris par les forces de l’ordre, je pense qu’on sera très nombreux à Paris »,ajoute-t-il.

 Le dirigeant syndical se montre en revanche très critique de la lettre du Premier ministre : « On a lu son courrier qu’il nous a envoyé. Il répond à côté à peu près sur tout », tacle-t-il.

Blocages routiers : opérations signalées sur l’A7, l’A43 et l’A51

En parallèle, plusieurs actions locales sont déjà visibles. Sur l’A7, un blocage est en cours depuis 6h30 au sud de Lyon, au niveau du péage de Reventin-Vaugris, à l’appel du collectif non syndiqué Les Agris de l’A7. Selon ICI Isère présent sur place, il ne s’agit pas d’un blocage total. D’autres opérations sont signalées dans le secteur, notamment à l’entrée de l’A7 à Chanas.

Sur l’A43, un blocage est annoncé à Saint-Quentin-Fallavier, et sur l’A51, au col du Fau, en direction de Grenoble.

 « Un cahier de doléances » attendu à Matignon

 La Coordination rurale annonce également des actions dispersées en régions, tout en concentrant l’attention sur la capitale. « Il y aura également des actions un peu disparates sur les territoires, mais sachant que le plus grand mouvement va être la montée sur Paris pour un cahier de doléances auquel on espère que le Premier ministre va répondre », précise Bertrand Venteau.

 « C’est une montée pacifique sur Paris pour essayer effectivement d’être le moins gênant possible pour les citoyens qui sont d’ailleurs majoritairement avec nous », insiste-t-il.

À l’ouverture des discussions à Matignon, l’exécutif se retrouve donc face à une équation serrée : convaincre sur les revenus, la simplification des règles, la gestion de la crise sanitaire bovine et la concurrence internationale — tout en évitant que la contestation ne s’étende davantage sur les routes et à Paris.

 

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