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Accord UE–Mercosur : Bruxelles promet 45 milliards d’euros pour la PAC, la France durcit le ton face à la colère agricole

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  • Ce mercredi 7 janvier, les ministres européens de l’Agriculture se retrouvent à Bruxelles pour répondre aux inquiétudes du monde agricole.
  • En toile de fond : la reprise de la mobilisation en France et l’urgence politique autour de l’accord de libre-échange UE–Mercosur, attendu le 12 janvier.

   Alors que Bruxelles pousse pour finaliser l’accord UE–Mercosur, Ursula von der Leyen annonce une rallonge de 45 milliards d’euros pour la PAC afin d’apaiser la colère des agriculteurs. Paris, lui, hausse la pression avec la suspension d’importations traitées avec des substances interdites, tandis que Jean-Noël Barrot prévient : « La messe n’est pas dite ». Dans les campagnes françaises, la contestation repart, et la bataille sur la souveraineté alimentaire s’annonce serrée, jusqu’au Parlement européen.

Les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept sont attendus ce mercredi 7 janvier après-midi à la Commission européenne, à Bruxelles, pour une réunion spéciale consacrée au Mercosur et à l’avenir de la politique agricole commune (PAC). La rencontre intervient dans un climat tendu : en France, la contestation agricole est repartie « de plus belle », avec des convois vers Paris et des rassemblements locaux.

Au cœur des revendications, deux fronts se cumulent : la crainte d’une concurrence accrue des pays du Mercosur et la colère liée à la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.

Ursula von der Leyen annonce 45 milliards d’euros pour désamorcer la crise

Dès mardi, Ursula von der Leyen a tenté d’envoyer un signal d’apaisement. La présidente de la Commission européenne propose une rallonge budgétaire dans la future PAC, avec un déblocage anticipé de 45 milliards d’euros dès 2028.

Cette annonce vise à répondre aux inquiétudes qui montent dans plusieurs États membres. Bruxelles reconnaît que des « inquiétudes subsistent » sur l’accord UE–Mercosur, notamment sur « la réciprocité des normes de production et les contrôles des importations », mais aussi au-delà, sur « l’avenir du financement de la PAC » et le « coût des engrais ».

Mercosur, le “chiffon rouge” qui peut embraser la rue agricole

 Le calendrier européen reste pourtant explosif. Bruxelles pourrait signer lundi 12 janvier, au Paraguay, l’accord de libre-échange avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, négocié depuis plus de 25 ans. Pour de nombreux agriculteurs, la perspective de ce traité est un « chiffon rouge » susceptible d’entraîner des « mobilisations plus importantes » encore, insiste la FNSEA.

Avant la signature, la Commission a besoin de l’aval des États membres à la majorité qualifiée, lors d’un vote attendu dès ce vendredi à Bruxelles. Or la marge de manœuvre de Paris apparaît limitée : sans alliés supplémentaires, la France, la Pologne et la Hongrie ne pourront pas bloquer un accord soutenu par l’Allemagne et l’Espagne.

Rome se rapproche de Bruxelles, Paris cherche encore des appuis

L’Italie, qui avait demandé un report en décembre, semble désormais se rapprocher de la ligne européenne. Giorgia Meloni avait assuré qu’elle soutiendrait l’accord in fine, et Rome vient de saluer la rallonge annoncée pour la PAC comme une « avancée significative ».

Pour la France, l’équation politique se complique : les opposants au Mercosur doivent encore convaincre suffisamment d’États membres pour peser, alors que Bruxelles insiste sur l’intérêt stratégique de diversifier les partenariats commerciaux, face à la concurrence chinoise et aux droits de douane aux États-Unis.

Quotas, “sauvegarde” et menace de rétablir des droits de douane

Pour répondre aux critiques, la Commission assure avoir prévu des garde-fous. Bruxelles souligne que les quotas de produits détaxés — bœuf, volaille… — seront limités, et accompagnés de mesures de « sauvegarde » pour les productions jugées les plus sensibles.

L’exécutif européen promet aussi d’intervenir en cas de déstabilisation du marché, allant jusqu’à envisager, si nécessaire, de rétablir des droits de douane. Des pays comme la France espèrent néanmoins des annonces supplémentaires ce mercredi, notamment dans le sillage d’un vote du Parlement européen mi-décembre, afin de renforcer la protection des filières agricoles.

Pesticides : la France suspend des importations et met Bruxelles au pied du mur

La question des normes et des produits phytosanitaires reste l’un des nœuds politiques du dossier. Les agriculteurs européens accusent leurs concurrents du Mercosur d’utiliser des substances interdites en Europe.

 Paris a accentué la pression en annonçant un arrêté pour suspendre les importations de produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues, mais aussi cerises, melons…) traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l’UE. La Commission dispose de dix jours pour donner son aval ou non, tout en indiquant avoir déjà engagé une possible révision des règles sur les résidus de pesticides dans les produits importés.

Barrot : « La messe n’est pas dite », Genevard promet de continuer le combat

 Sur France Inter, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a martelé que « La messe n’est pas dite » et que « Le compte n’y est pas ». Il assure que sur « la souveraineté alimentaire », la France va « continuer de convaincre [ses] partenaires européens que ce n’est pas accessoire et que c’est essentiel ».

« On est encore loin de la ratification de cet accord et nous allons continuer à nous y opposer en l’état « , a t-il ajouté

 Jean-Noël Barrot défend aussi la fermeté française sur les importations : il rappelle « les décisions que nous avons prises pour interdire l’accès au marché unique de certaines substances agricoles ».

 Selon lui, l’importation de produits agricoles traités avec cinq substances interdites dans l’Union européenne sera suspendue dès jeudi en France, après publication de l’arrêté ce mercredi au Journal officiel. « Donc il n’y a aucune faiblesse dans la position de la France », insiste-t-il.

Attendue à Bruxelles, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard entend maintenir la pression. Invitée de franceinfo, elle estime que « tant qu’un combat n’est pas achevé, il n’est pas perdu ».

 « Nous nous battons contre » le projet d’accord avec les pays du Mercosur « parce qu’il expose des filières sensibles : le bœuf, le poulet, le sucre, l’éthanol, le miel… Donc, il est dangereux pour certaines de nos filières », martèle-t-elle.

Coordination rurale : « la bataille est perdue », appel à un “protectionnisme intelligent”

Dans le monde agricole, les positions divergent sur l’issue du bras de fer. Interrogé sur franceinfo, Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, estime que la bataille contre ce traité est « perdue ».

 « Ce qui va être affiché, ça va être des mesures soi-disant pour faire de la rétorsion mais ça ne marchera pas », dit-il, plaidant pour « un protectionnisme intelligent de la France au niveau agricole et également au niveau européen ».

 « Aujourd’hui, il faut se protéger comme les grandes puissances. La France doit retrouver sa splendeur agricole et l’Europe également. Aujourd’hui, on est des parents pauvres des négociations mondiales », conclut-il.

Après la signature, une ratification incertaine au Parlement européen

Même en cas de signature le 12 janvier, l’accord devra encore être ratifié par le Parlement européen, où des sources internes s’attendent à un scrutin serré. Le traité ouvrirait davantage le marché latino-américain aux exportations européennes — voitures, machines, vins et spiritueux — mais faciliterait aussi l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.

D’ici là, Bruxelles joue la montre et Paris joue la pression. Entre concessions budgétaires sur la PAC, bataille sur les normes et mobilisation sur le terrain, l’UE avance vers un rendez-vous politique à haut risque : celui d’un accord commercial dont l’acceptabilité agricole reste, pour l’instant, loin d’être acquise.

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