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vendredi, janvier 16, 2026
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Blocage des agriculteurs à Paris : tracteurs, Mercosur et colère agricole au cœur de la capitale

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  • Des agriculteurs de la Coordination rurale ont mené jeudi une opération coup de poing dans la capitale, perturbant plusieurs axes et sites emblématiques.
  • En ligne de mire : le projet d’accord UE–Mercosur et la gestion de la dermatose nodulaire bovine.

   Tour Eiffel, Arc de Triomphe, Champs-Élysées et une partie du périphérique : la Coordination rurale a fait monter la pression à Paris avec des tracteurs malgré un dispositif policier renforcé. Le gouvernement promet des annonces « concrètes » d’ici vendredi, mais durcit le ton sur des blocages jugés « illégaux », tandis que les agriculteurs dénoncent un accord commercial « d’un autre temps » et une crise sanitaire bovine qui met les élevages à cran.

Des sites emblématiques ciblés, des tracteurs stoppés aux portes de la capitale

La journée a commencé sous haute surveillance autour de Paris. Le ministère de l’Intérieur a fait état d’une mobilisation importante, mais contenue en grande partie aux entrées : « Actuellement, une centaine de tracteurs sont dans Paris, mais la plupart sont bloqués aux portes de la capitale », a-t-il indiqué jeudi matin. Les autorités recensent « une vingtaine de tracteurs dans Paris intra-muros ».

Malgré les barrages, certains convois sont parvenus à passer. « Ils ont contourné et forcé parfois en prenant des risques totalement inconsidérés les barrages mis en place en grande couronne et en petite couronne », poursuit le ministère de l’Intérieur. Sur le terrain, des blocages ont été constatés notamment vers les Champs-Élysées, près de la tour Eiffel, et sur des portions du périphérique.

Préfecture de police : zones sensibles interdites, Rungis sous protection

Pour prévenir tout encerclement des lieux de pouvoir et des infrastructures stratégiques, un arrêté de la préfecture de police avait interdit l’accès des tracteurs à plusieurs secteurs sensibles : l’Élysée, Matignon, le Parlement, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, ainsi que le marché de Rungis.

Un dispositif destiné à éviter l’extension des blocages et à maintenir des axes prioritaires dégagés.

« Tout ça est illégal » : Maud Bregeon fustige la méthode, l’exécutif promet des annonces

Sur franceinfo, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a condamné la stratégie de la Coordination rurale : « Je n’ai qu’une chose à dire, tout ça est illégal, nous ne laissons pas faire et nous ne laisserons pas faire », avertit-elle, évoquant les blocages en cours et l’appel à manifester devant l’Assemblée nationale.

Elle insiste sur la portée symbolique et le risque de débordements : « bloquer partiellement l’A13 ou tenter de venir devant l’Assemblée nationale, avec toute la symbolique que cela induit, est encore une fois illégal ».

Dans le même temps, elle met en avant la ligne gouvernementale : « Le gouvernement a toujours été dans le dialogue avec les agriculteurs », souligne-t-elle.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a notamment reçu les syndicats lundi et mardi et a promis des annonces « concrètes » d’ici vendredi, dans l’objectif de répondre aux inquiétudes exprimées sur les marchés, les revenus agricoles et la concurrence internationale.

Accord UE–Mercosur : Paris juge le traité « ni juste ni équitable »

L’accord commercial avec les pays du Mercosur cristallise la colère du monde agricole, qui redoute une concurrence jugée déloyale et un affaiblissement des normes. Maud Bregeon a rappelé la position de la France : « la France a été claire et constante : ce traité n’est ni juste ni équitable ». Elle affirme que « le Président de la République et le gouvernement ont exigé des conditions permettant de protéger les agriculteurs ».

Pour autant, « Le compte n’y est pas, c’est un accord d’un autre temps », tranche la porte-parole, estimant que les garanties réclamées ne sont pas au rendez-vous. Et elle avertit que, même en cas d’avancée politique imminente, tout n’est pas joué :

« le vote de vendredi et l’éventuelle signature si elle advenait lundi, ce n’est pas la fin de l’histoire et la messe ne sera pas dite ».

Elle rappelle que le Parlement européen peut saisir la Cour de justice de l’Union européenne et que les eurodéputés, chargés de ratifier le texte, peuvent encore le rejeter.

Dermatose nodulaire bovine : « On a mis le paquet sur la vaccination », assure le gouvernement

Autre point de crispation : la gestion de la dermatose nodulaire bovine, épizootie qui inquiète les filières d’élevage. Face aux accusations d’inaction, Maud Bregeon se veut catégorique : « On a mis le paquet sur la vaccination », a-t-elle affirmé. Sur le terrain, certains éleveurs dénoncent toutefois une réponse insuffisante, des abattages contestés et des pertes économiques difficiles à absorber.

L’impact sur la circulation intervient après plusieurs jours déjà tendus en Île-de-France. « Nous sortons de trois journées particulièrement compliquées en matière de mobilité », a reconnu Philippe Tabarot, invité des « 4V ».

« Je regrette cette situation puisque nous sortons de trois journées particulièrement compliquées en matière de mobilité et de déplacement dans la France entière, mais plus particulièrement en Ile-de-France en raison de la situation météorologique« , affirme t-il

Soutiens politiques, colère sociale : « on est en train de laisser mourir une profession »

Dans le débat politique, plusieurs voix appellent à prendre au sérieux l’alerte agricole. Sur TF1, le candidat Horizons à la mairie de Paris Pierre-Yves Bournazel a estimé que les agriculteurs « sont légitimement en colère, ils ont des inquiétudes, il faut y répondre », et dit avoir « beaucoup de respect pour (nos) agriculteurs parce qu’ils nous nourrissent ».

« il faut écouter nos agriculteurs, il faut les respecter, il faut les respecter, il faut agir car l’accord négocié par la Commission européenne ne les protège pas suffisamment (…) donc je crois qu’il faut renforcer leur protection », ajoute t-il.

De son côté,  l’éleveur Jérôme Bayle, figure de la contestation agricole en 2023 et 2024, affirme sur LCI : « On est train de laisser de mourir une profession, de laisser mourir des gens dans des fermes, on nous tue des animaux même s’ils sont vaccinés, on n’aide pas les céréaliers... ».

À court terme, l’attention se porte sur les annonces attendues d’ici vendredi et sur le calendrier européen autour du Mercosur. Entre impératifs de maintien de l’ordre, promesses de dialogue et colère persistante des exploitants, l’exécutif joue une partie serrée : éviter l’enlisement à Paris tout en répondant à une crise agricole qui, de l’accord commercial à la santé animale, touche au cœur de la souveraineté alimentaire.

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