- Emmanuel Macron a annoncé jeudi 8 janvier que la France votera « contre » l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, malgré des concessions qualifiées d’« incontestables » par Bruxelles.
- Les États membres doivent se prononcer vendredi 9 janvier à Bruxelles, tandis que l’accord suscite une forte opposition politique en France et une mobilisation du monde agricole.
Sous la pression d’un rejet politique quasi total et d’une colère agricole visible jusque dans les rues de Paris, le chef de l’État assume un choix hautement politique. Il juge l’accord « d’un autre âge », estime son bénéfice économique trop faible et promet de «continuer de se battre » pour protéger les agriculteurs, alors que l’UE se prononce vendredi 9 janvier à Bruxelles.
La France votera « contre » au Conseil : Macron officialise son refus
C’est un coup d’arrêt net. Dans un communiqué publié jeudi 8 janvier, Emmanuel Macron annonce que la France votera « contre » l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, après en avoir informé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Le président de la République ancre sa décision dans le climat politique intérieur : « Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat », écrit-il.
Une pression politique et agricole maximale à la veille du vote européen
Cette annonce intervient alors que les États membres doivent se prononcer vendredi 9 janvier, à Bruxelles, dans la perspective d’une signature avec le bloc latino-américain la semaine suivante. En France, l’accord fait l’objet d’une hostilité persistante au sein de la classe politique, renforcée par des mobilisations agricoles.
Des agriculteurs ont notamment manifesté à Paris, certains arrivant en tracteurs, dénonçant un texte perçu comme un risque majeur pour les filières fragiles et, au-delà, pour la souveraineté alimentaire.
Un « traité d’un autre âge » : Macron minimise le gain économique
Pour Emmanuel Macron, l’équation économique ne justifie pas de prendre un tel risque politique et social. Il qualifie le texte de « traité d’un autre âge » et insiste sur un impact macroéconomique modeste.
« Si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l’accord UE-Mercosur sera limité pour la croissance française et européenne (+0,05% sur le PIB de l’UE à l’horizon 2040 selon la Commission). Il ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire », affirme-t-il.
En filigrane, le chef de l’État assume aussi un calcul de stabilité gouvernementale, alors que son Premier ministre, Sébastien Lecornu, cherche toujours à faire adopter le budget 2026.
Les concessions de Bruxelles : « frein d’urgence », réciprocité et contrôles renforcés
Sans nier les avancées obtenues auprès de la Commission européenne, Emmanuel Macron les juge insuffisantes pour lever les inquiétudes. Parmi les points mis en avant figure « une clause de sauvegarde spécifique », décrite comme un « frein d’urgence » sur les importations agricoles des pays du Mercosur en cas de déstabilisation du marché européen.
Le président cite également des « mesures de réciprocité sur les conditions de production » ainsi que des « contrôles » renforcés. Mais il prévient que tout n’est pas encore bouclé : « Plusieurs de ces progrès doivent encore être finalisés, la France y veillera », promet-il.
« La signature ne constitue pas la fin de l’histoire », assure le chef de l’État
Emmanuel Macron entend maintenir la pression sur Bruxelles, même si l’accord devait avancer au niveau européen. « L’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », assure-t-il, se disant déterminé à obtenir des garanties concrètes.
« Je continuerai de me battre pour la pleine mise en œuvre concrète des engagements obtenus (…) et pour protéger nos agriculteurs« , ajoute le président.
Il se félicite aussi d’« engagements majeurs de la Commission européenne » sur le futur budget de la Politique agricole commune (PAC) et sur la question des prix des engrais, deux dossiers particulièrement sensibles pour le monde agricole.
La France rejoint d’autres pays opposés ou très réservés, comme l’Irlande, la Pologne ou la Hongrie. Pour autant, cette coalition pourrait ne pas suffire à bloquer l’initiative : la Commission européenne pourrait obtenir une majorité d’États membres lors du vote à la majorité qualifiée prévu vendredi à Bruxelles.
En clair, Paris dit non — mais l’Europe pourrait dire oui. Et, à mesure que l’UE s’approche d’une décision, le débat se déplace : de la signature elle-même vers les garde-fous, leur mise en œuvre et les protections réellement applicables aux filières agricoles européennes.
