- Ce samedi 10 janvier, les médecins libéraux descendent dans la rue à Paris à l’appel de l’ensemble de leurs syndicats.
- En pleine grève du 5 au 15 janvier, ils dénoncent des mesures d’économies liées au budget de la Sécurité sociale 2026 et un durcissement du pilotage du système de santé.
Tarifs, arrêts de travail, prescriptions, liberté d’installation : la mobilisation des médecins libéraux franchit un cap avec une manifestation nationale à Paris. Alors que l’intersyndicale refuse un rendez-vous proposé par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, celle-ci assure vouloir « recréer de la confiance » et dit vouloir rouvrir le dialogue sur les négociations avec l’Assurance maladie, au moment où l’activité des cabinets recule et où les urgences se retrouvent sous pression sur fond d’épidémie de grippe.
Une manifestation nationale au cœur de la grève (5–15 janvier)
Les médecins libéraux défilent ce samedi 10 janvier à Paris dans le cadre d’une grève lancée du 5 au 15 janvier. Les syndicats contestent plusieurs orientations portées par le budget de la Sécurité sociale 2026 et alertent sur une gouvernance qu’ils jugent de plus en plus contraignante. Le syndicat Jeunes Médecins évoque une « dérive autoritaire » du système de santé, formule devenue l’un des marqueurs de cette mobilisation.
Le mouvement pourrait connaître un point d’orgue en début de semaine prochaine, lorsque de nombreuses cliniques privées devraient être touchées par des fermetures de blocs opératoires ou des réductions d’activité, accentuant les perturbations déjà ressenties.
Dialogue rompu : l’intersyndicale refuse l’invitation de Stéphanie Rist
Signe de la tension qui s’est installée entre les représentants des médecins et l’exécutif, l’intersyndicale a refusé vendredi le rendez-vous proposé par la ministre de la Santé, à l’issue de la manifestation. Sur franceinfo, Stéphanie Rist affirme pourtant avoir tendu la main aux organisations.
« J’ai fait un courrier hier [jeudi] soir, que j’ai envoyé aux syndicats » pour leur dire « que je serai samedi au ministère pour les recevoir, puisqu’ils vont faire une manifestation et que nous devons absolument recréer cette confiance, travailler ensemble pour les enjeux d’avenir », indique la ministre.
« Recréer de la confiance » : la ministre cible les négociations avec l’Assurance maladie
Au cœur de la crise, Stéphanie Rist pointe la défiance des médecins envers les négociations conventionnelles conduites avec l’Assurance maladie, socle du fonctionnement du système. « Les médecins n’ont plus confiance dans leurs négociations conventionnelles qu’ils font avec l’Assurance maladie, qui est la base du fonctionnement dans notre système », dit-elle, ajoutant vouloir « discuter » de ce sujet samedi.
La ministre souhaite également inscrire ce bras de fer dans une trajectoire de réforme plus globale : « Et en parallèle, je crois que nous devons travailler à préparer l’avenir », ajoute-t-elle.
« On doit travailler ensemble pour aboutir à des choses qui permettent de soigner correctement les Français et que les médecins se sentent reconnus», conclut-elle.
Matignon dans le viseur : demande de rencontre avec Sébastien Lecornu
La mobilisation ne se limite pas au ministère. Plusieurs membres de l’intersyndicale, dont le docteur Jérôme Marty, président de l’UFML, ont demandé à rencontrer la semaine prochaine le Premier ministre Sébastien Lecornu. Une façon, pour les syndicats, de replacer le conflit sur le terrain politique, alors que plusieurs dispositions sont encore en discussion au Parlement.
Budget Sécu 2026 : des reculs obtenus, mais des points de blocage persistants
Mobilisés depuis l’automne, les médecins libéraux ont déjà obtenu la suppression de plusieurs mesures présentes dans une version initiale du projet de budget de la Sécu 2026. Ont notamment disparu la surtaxation des suppléments d’honoraires, ainsi que l’obligation de consulter et d’alimenter le dossier médical personnalisé (DMP) des patients.
Mais plusieurs mesures demeurent et concentrent les critiques. Le texte final conserve la possibilité pour le directeur de l’Assurance maladie de fixer unilatéralement des tarifs médicaux dans certains cas, ainsi que la réduction à un mois de la durée maximale d’un premier arrêt de travail.
Les médecins s’opposent aussi à d’autres dispositions en cours d’examen, notamment la possibilité d’imposer des objectifs de réduction des prescriptions aux praticiens dont les prescriptions seraient jugées nettement supérieures à celles de confrères dans une situation comparable. Cette mesure figure dans le projet de loi contre la fraude sociale et fiscale en cours d’examen parlementaire.
Liberté d’installation : la crainte d’une régulation imposée
Autre motif d’inquiétude : de possibles entraves à la liberté d’installation. Deux propositions de loi — Garot et Mouillé — sont en concurrence et visent à introduire un début de régulation de l’installation des médecins sur le territoire. Pour les syndicats, ces textes nourrissent la crainte d’un encadrement plus strict à venir, dans un contexte déjà marqué par des tensions sur les conditions d’exercice.
Un impact déjà mesurable et des urgences sous pression
Pour sa première semaine, la grève semble avoir eu un effet concret sur l’activité. Selon les derniers chiffres disponibles, remontant à mardi, l’activité mesurée par les télétransmissions à l’Assurance maladie recule de 19% chez les généralistes libéraux et de 12% chez les spécialistes.
Cette baisse d’activité pèse sur les services d’urgence à l’hôpital, déjà fragilisés par une épidémie de grippe et par les accidents liés aux conditions météo. Jeudi soir, la ministre a évoqué une « tension dans tous les services d’urgences ». « On est en pleine épidémie de grippe, on a eu des événements climatiques – la neige, le verglas, le froid – et la mobilisation des médecins grévistes », détaille Stéphanie Rist. Selon elle, cette « accumulation » a « mis les services en tension ».
Entre les revendications des syndicats, la pression parlementaire autour de plusieurs textes sensibles et une offre de dialogue refusée, la mobilisation des médecins libéraux s’annonce comme l’un des premiers dossiers explosifs de l’année pour le gouvernement.
